Sal… aire !

La crise est finie, acclament-ils. Après l’orage est venu le beau temps. Ils sont bien là, les jours heureux ! En très grande pompe. Menant l’orphéon, sonnant la fanfare, jouant la chorale et chantonnant tambour battant.

Où ça ? Mais ils sont bien là, bon sang ! Mettez le nez à la fenêtre. Cela crève les yeux. Rincez-vous les mirettes. Modelez-vous des lunettes s’il faut. Dilatez-vous la prunelle et regardez-les bien ! Car ils sont juste là, les journées prospères.

Juste au seuil de nos portes. Derrière les pâtés. Au-delà des murs. A tous les coins de la rue. Sur la grande avenue et aux bas-fonds de la cité. Dans les radios, sur les images mal imprimées des journaux et même à la télé. Dans les parages, aux magasins, à proximité et aussi dans les souks. Et même par-dessus le marché ! Voyez-vous ?

Ils seront partout, si c’est moi qui vous le dis ! Alors dites-vous bien, vous aussi, qu’avec ces quelques danous de plus, gagnés à coup de grèves, de sueurs et de passion, vous serez tous assurément servis. Vous partagerez la grande tarte. Et il y en aura pour tout le monde, et forcément pour tous les goûts.

Alors considérez-bien la maxime ; elle est bien pleine de sagesse et porteuse de beaux présages : « Cette paix sociale tant escomptée fera régner, et pour toujours, la prospérité. »

Mais oui ! Il faut surtout la seriner, cette phrase si riche de bon sens. Il faut la ressasser, la remâcher, la ruminer. Sans répit, sans cesse et avec beaucoup de zèle. Pourquoi ? Bah… Evidemment, pour ensuite la recracher, tout de go et aussi fort qu’on le pourra, aux visages de ceux qui, en la proférant, vous auraient pris pour des cons.

On respirera désormais l’abondance, insistent-ils. Et pas que ! Les visages seront gais. Les mines feront bon aspect. La nourriture ne fera jamais défaut. Pauvres nigauds ! Vous y avez pourtant cru, à ces bienheureuses et maléfiques sentences. Vous vous endormez à présent sur vos lauriers.

Alors, ding-ding ! Il n’y aura pas d’abondance. C’est moi qui vous le dis. Et pas de blague cette fois-ci ! C’est réellement pour de vrai. Réveillez-vous et respirez plutôt votre salaire. Euh… On respire quoi ? Ah ! Excusez la faute de frappe, et mettez-vous de nouveau à la fenêtre, vous respirerez, alors et à plein nez, le sale air.

Il soufflera par coups de fisc et d’inflation et puera certainement les brusques réformes escamotées. Et il sera juste au seuil de vos portes, à tous les coins de la rue et cætera, et cætera.

Slim BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 18/02/2019

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