A la recherche du temps de travail perdu !

La révolution, ou ce que l’on considère comme telle, a aiguisé les appétits revendicatifs, qu’ils soient couverts par les syndicats ou carrément sauvages. La mise à mort de l’ancien régime n’a pas uniquement eu raison de l’incarnation du totalitarisme, en l’occurrence Ben Ali, mais visé l’Etat, parce que les dictateurs finissent toujours par créer l’amalgame, dans l’esprit de leurs sujets, entre leur pouvoir absolu et l’autorité de l’Etat. C’est ce qui fait que les citoyens affranchis du joug de l’autocratie, déboulonnent, dans la foulée, et par ignorance, ce qui logiquement devrait consacrer leur souveraineté, à savoir l’Etat.

C’est, d’ailleurs, la situation dans laquelle nous vivons depuis ladite révolution. Un non-Etat, qui chaque jour, apporte son lot de dérapages incontrôlés qui désagrègent, à petit feu, les acquis de la communauté et annihilent le pouvoir des institutions. Nous vivons dans une ère de brigandage tous azimuts où l’espace public est devenu le lieu de toutes les transgressions de la loi, de tous les délits, de l’impunité et de l’immobilisme, voire de la lâcheté des gouvernants.

Bref, le monde du travail a été l’un des premiers à avoir focalisé le courroux et la contestation populaire. Et en dehors des mouvements tout à fait légaux et trouvant leur pleine justification dans de longues années de privation des droits les plus élémentaires des travailleurs, de nombreuses « rebellions » sont nées çà et là à travers le pays. Sit in, grèves validée ou non validée par le syndicat, responsables « dégagés » sous pression de la foule, même des ministres. Le phénomène, outre l’aspect syndical, par ailleurs légitime, a plongé le pays dans une sorte de paralysie de laquelle il peine, aujourd’hui, à sortir.

L’année 2018, selon les statistiques recueillies par le ministère des Affaires sociales, a apporté un léger mieux, mais tout léger, avec le recul du nombre de journées de travail perdues dans nos contrées, lequel passe de 144564 jours en 2017, à 116882 pour l’année écoulée, soit une baisse de l’ordre de 19%.Cela dit, ce repli ne signifie aucunement une amélioration au niveau du climat social, étant donné que l’année 2019 a vu dès ses deux premiers mois des grèves d’ampleur, dont principalement celle de la fonction publique qui concerne le plus gros contingent de travailleurs de ce pays, soit près de 700 mille fonctionnaires.

Toutefois, les accords conclus aussi bien dans le secteur public, la fonction publique, y compris les profs, ainsi que dans le secteur privé, peuvent augurer d’une année moins mouvementée que les précédentes, seulement le problème demeure entier tant que les responsables de l’Etat, ou ce qui en reste, n’auront pas résolu le problème de l’inflation et contrôlé les flambées incessantes et endiablées des prix.
L’équation est fort simple : plus le pouvoir d’achat du citoyen dépérit, plus la contestation monte.

Imed BEN HAMIDA
Tunis-Hebdo du 18/02/2019

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