À l’école du crime !

L’expansion urbaine dans des pays sous-développés tels que le nôtre a été exclusivement déléguée –et depuis l’Indépendance– au libre-arbitre de nos concitoyens qui ont fait de nos cités d’horribles dédales de béton, particulièrement écœurants.

Aménagement urbain et urbanisation n’ont pratiquement aucun sens chez nous. Les villes se sont étendues à l’horizontale, et dans le plus grand chaos, au gré des migrations des populations qui, d’année en année, se font plus frénétiques atteignant des niveaux intolérables, depuis le fameux 14 Janvier.

Une ville qui s’étend à l’infini sans la moindre planification des autorités compétentes, ni capacité réelle, de leur part, à suivre le rythme est une ville condamnée à l’insécurité la plus totale, à la délinquance, au crime et au trafic sous toutes ses formes.

Et mis à part que l’Etat, dans nos contrées, a rendu l’âme depuis un certain nombre d’années, les gouvernants n’ont pas la moindre graine d’autorité sur le plus servile des bipèdes de ce pays. Conséquence : tout leur échappe, quasiment tout !

Une police carrément débordée incapable de faire régner l’ordre et garantir la sécurité des citoyens, sans compter que l’indifférence, le moindre effort et la mauvaise volonté, mettent encore plus les gens face au péril de la criminalité, laquelle se développe à une cadence vertigineuse.

Cela dit, cette expansion urbaine démentielle conjuguée avec toutes sortes de dépassements et d’anarchie, a donné plus d’envergure à la délinquance infantile, autrefois considérée comme un phénomène rare, quasi-marginalisé.

Aujourd’hui, ils sont des centaines, et peut-être des milliers d’enfants, à errer dans nos rues. Les uns sont sans famille et sans-abri, les autres sont quotidiennement crachés par leurs quartiers miséreux des ceintures urbaines les plus éloignées, pour se fondre dans la foule des citadins et s’adonner à des larcins, voire des délits.

A Tunis, à Sousse ou à Sfax, ces gamins qui ne connaissent ni les bancs de l’école ni la chaleur du foyer, sont à chaque carrefour, à tous les croisements, ils font le manche aux feux de signalisation, importunent les automobilistes et les harcèlent jusqu’à ce qu’ils leur lâchent une pièce bénite. Ces quémandages sont un premier palier qui va les mener loin dans l’univers de la délinquance.

Sachez que pour 2017 et 2018, 7977 délits et 343 crimes ont été commis par des grosses de moins de quinze ans. Cela veut dire que ces mêmes gamins ont été enfermés dans des centres de correction.

Ces enfants grandiront dans un univers carcéral et quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, la majorité écrasante d’entre-eux iront grossir les rangs des criminels de haut rang. Ils vont rejoindre les contingents de cambrioleurs, de braqueurs et de criminels.

Si l’école a failli à sa mission et que l’enseignement en Tunisie n’est qu’un vague squelette de ce qu’il l’était dans les années 60 et 70, si les gouvernants ne bougent même pas le petit doigt pour endiguer ce fléau, c’est que nous allons aux devants de graves ennuis.

Imed Ben Hamida
Tunis-Hebdo du 28/01/2019

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