Karim Daoud (président du SYNAGRI) : Le kilo de viande à 30 dinars ne saurait tarder !

* « Si l’on sauve le secteur laitier, on sauvera celui des viandes rouges »
* Une bête vendue en Algérie peut rapporter jusqu’à 2500 dinars de bénéfice !
Si le prix du lait à la consommation n’a pas connu d’augmentation, celui de la viande de bœuf continue d’afficher un niveau inquiétant.

Au mois d’avril dernier, une rumeur a laissé entendre que le prix de la viande de bœuf allait atteindre la barre des 34 dinars le kilo au mois de Ramadan. Une crainte qui s’est dissipée, les prix ayant relativement gardé un niveau stable.

Mais voilà qu’aujourd’hui, la filière des viandes rouges refait parler d’elle. Compte tenu des difficultés rencontrées par nos éleveurs à rentabiliser leur cheptel de vaches Holstein, extrêmement coûteux, la question de l’augmentation du prix de la viande de bœuf revient à la charge.

Il pourrait passer à 30 dinars d’ici quelques semaines. Rumeur ou réalité fondée ? Youssef Rahali, boucher à El Menzah 9 depuis plus de 20 ans, a accepté de nous éclairer à ce sujet : «La viande de bœuf à 30 dinars ? Cela ne saurait tarder ! Le problème vient de la fuite de nos bêtes vers l’Algérie.

Des contrebandiers tunisiens proposent des offres que nos éleveurs ne peuvent pas refuser. Ces derniers arrivent à faire des bénéfices de 800 à 1000 dinars par tête. Les contrebandiers vont, ensuite, traverser la frontière pour vendre ces animaux à des prix très élevés. Une bête vendue en Algérie peut rapporter jusqu’à 2500 dinars de bénéfice. Conséquence, on se retrouve avec de moins en moins d’offres et plus de demandes».

M. Rahali n’a pas manqué de nous alerter sur les difficultés économiques rencontrées au quotidien par nos bouchers : «Actuellement, on vend la viande de bœuf à perte ! Le prix officiel est de 26,800 DT le kilo, or beaucoup d’entre nous sont obligés de vendre à 27,000 DT pour s’en sortir. Le prix de l’électricité, du transport, des charges et la masse salariale ont contraint, cette année, plus de 1000 bouchers à fermer boutique».

Karim Daoud

Suite à ce témoignage, nous nous sommes adressés à Karim Daoud, président du Syndicat national des agriculteurs (SYNAGRI) pour en savoir davantage sur cette situation : «Le problème prend son origine dans la mauvaise gestion du secteur laitier. Nous produisons moins de lait, donc moins de veaux à engraisser, ce qui aboutit à une offre déficitaire.

Du coup, vous êtes obligé d’augmenter les prix pour répondre à la forte demande. On parle aujourd’hui de 30 dinars mais demain, à quel prix achètera-t-on le kilo de viande ? Tant que l’Etat tunisien, contrairement à nos voisins, n’applique pas la réalité des prix, cette crise s’éternisera !

Bien entendu, la fuite des bêtes vers l’Algérie encourage, d’une certaine manière, cette hausse des prix à la consommation mais c’est un faux problème. Il suffirait que l’on réponde aux revendications de nos éleveurs pour qu’ils arrêtent d’aller voir ailleurs. Si l’on sauve le secteur laitier, on sauvera celui des viandes rouges.»

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-hebdo du 31/12/2018

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