L’enfer yéménite

Les enfants sont les premières victimes de la guerre
On a l’impression qu’il a fallu attendre le meurtre crapuleux du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, pour que le monde et, plus particulièrement, les pays occidentaux se rendent compte de la monstruosité du régime saoudien. Régime qui, depuis quelques mois déjà, fait pleuvoir un déluge de bombes sur l’ensemble du Yémen sous prétexte de combattre des « groupes terroristes ».  A l’heure actuelle, 14 millions de Yéménites pourrissent, le ventre vide, sous les gravats d’un pays en ruine et dans l’indifférence générale. Une crise humanitaire qui perdure depuis plus de cinq ans et qui n’est pas près de prendre fin.

Au même titre que la Tunisie, la Libye ou l’Egypte, le Yémen a été frappé de plein fouet par le Printemps arabe. Mais contrairement à leurs homologues d’Afrique du Nord qui vivaient dans un climat de paix avant la Révolution, les Yéménites étaient déjà en guerre civile depuis 1994. Les événements de 2011 n’ont fait que précipiter le cours de l’histoire dans un effroyable bain de sang.

Tensions nord-sud

L’unification des régions nord et sud du Yémen, le 22 mai 1990, signa le début d’une époque troublée et fragilisée par la politique pro-sudiste du président Ali Abdallah Saleh. Ce dernier, musulman sunnite, adopte une politique de marginalisation de la communauté chiite zaydite du nord du pays, considérée, à tort, comme des gens rustres, fanatiques et hostiles au modernisme.

Durant la première guerre du Golfe en 1990, Saleh soutient ouvertement Saddam Hussein et envenime ses relations avec les Etats-Unis d’Amérique et leur éternel allié, l’Arabie Saoudite. Mais manquant d’audace et de finesse politique, le chef d’Etat yéménite retourne sa veste en rompant les relations diplomatiques avec l’Iran, ennemi juré des Saoud, et décrète la fin des subventions pétrolières en faveur des habitants du nord-ouest du pays. Ces décisions discriminatoires engendrent une hausse de la corruption, de la criminalité et de l’intégrisme religieux chez une population qui, jusque-là, était pacifique.

Ce n’est qu’en 2004, que des rebelles du nord, menés par un certain Hussein Badreddine al-Houti et son jeune frère Abdul-Malik, tentent de s’emparer du gouvernorat de Sa’dah et de tenir tête au gouvernement. Fort du soutien politique de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis, le président Saleh n’éprouve pas de grandes difficultés à vaincre ces adversaires héroïques mais, néanmoins, faibles militairement. C’était sans compter l’onde de choc de la « Révolution du Jasmin » qui viendra redistribuer les cartes.

Massacrez-les tous, Allah reconnaîtra les siens !

On connaît tous cette animosité légendaire qu’ont les sunnites envers les chiites, et vice versa. Mais force est de constater que les Houtis, du nom de leur chef, ont été les premiers à subir les foudres du diktat saoudien à travers les manœuvres du pantin Saleh. Céder une manne pétrolifère et, par la même occasion, le contrôle du Golfe d’Aden à des sympathisants du régime iranien est inenvisageable pour les Saoud. Cela reviendrait à isoler la péninsule arabique entre deux grandes puissances économiques et risquer une guerre en tenaille.

Revigorés par la Révolution de 2011, les Houtis gagnent du terrain et s’emparent rapidement du palais présidentiel à Sanaa, la capitale. Ne faisant plus l’unanimité auprès des Yéménites du Sud, Saleh, sentant le vent tourner, s’allie aux Houtis. Mais sa mauvaise foi le mènera à sa perte le 4 décembre 2017, assassiné par ses nouveaux « amis ». Il n’en fallait pas plus aux forces armées saoudiennes, appuyées par les USA, pour s’attaquer à cette « menace » chiite sur fond de lutte contre l’Etat islamique.

Des centaines de F-15 Eagle de l’armée de l’air saoudienne se sont, ainsi, relayés nuit et jour pour réduire le pays en cendres, quitte à massacrer une population sunnite et qui, plus est, alliée. Certains esprits tordus diront même que « beaucoup d’entre ceux qui mourront sous les bombes iront directement au paradis ! » Comprenez que ce massacre est, en quelque sorte, une « bénédiction ».

Toutes ces atrocités ont, bien entendu, été approuvées par l’Organisation des nations unies et passées sous silence médiatiquement afin de ne pas choquer l’opinion publique.

Pendant que les gouvernements occidentaux s’attardent à critiquer le régime de Bachar Al Assad, 22 millions de Yéménites sur 28 sont en attente d’une aide humanitaire d’urgence. Alors que le choléra a déjà touché plus de 1,1 million de personnes, la famine a fait son entrée sur la scène pour, vraisemblablement, porter le coup de grâce.

Tandis que nous assistons médusés au génocide d’un peuple, un Etat terroriste autre que Daech continue d’exceller dans la barbarie en toute impunité.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

Commentaires:

Commentez...