Un avortement annoncé !

Il faudrait être devin pour déchiffrer l’évolution future de Nidaa Tounès et le rôle qu’il pourrait jouer ou la place qu’il pourrait tenir dans le paysage politique dans cette année électorale, décisive pour l’avenir immédiat du pays.

La fusion, autant rapide qu’inattendue, avec l’UPL a constitué, malgré tout, une surprise alors que d’autres tractations semblaient avoir atteint une étape plus avancée. Cette fusion surprise devrait avoir des répercussions à la fois sur la vie parlementaire et sur le paysage politique dans son ensemble.

Sur le plan parlementaire, elle donne une autre tournure à la guerre ouverte menée contre Youssef Chahed et son gouvernement dont le départ constitue le but ultime du Nidaa. Elle a déjà entraîné le retrait des députés de l’UPL, désormais nidaistes, du bloc de « l’Alliance Nationale », très proche du Chef du gouvernement, et la remontée du bloc parlementaire de Nidaa à la seconde place, en termes de nombre, derrière le bloc islamiste.

Autrement dit, et pour se maintenir et obtenir la confiance dont il aura besoin pour asseoir sa légitimité de conduire les affaires du pays, YC et son gouvernement doivent, désormais, rechercher de nouveaux alliés outre les Islamistes, dont le soutien demeure tributaire d’une déclaration de ne pas se présenter aux prochaines élections.

Ainsi, la situation de YC se complique dans la mesure où sa position se fragilise le rendant plus dépendant des blocs parlementaires qui le soutiennent. Ces derniers ne manqueraient certainement pas de marchander leur soutien, ce qui limitera considérablement sa marge de manœuvre à la fois dans le choix de sa future équipe et de la politique globale qu’il entend imprégner au pays.

En revanche, et relativement au paysage politique, cette fusion pourrait, au contraire, être favorable au projet qu’entend lancer Youssef Chahed. On sait que l’objectif premier de l’ensemble des composantes de la scène politique consiste dans l’héritage du potentiel électoral centriste et sa mobilisation lors des prochaines futures échéances électorales.

Or, cette fusion ne peut que « scandaliser », au moins offusquer, les nidaistes historiques, ainsi que les honnêtes électeurs, qui peuvent voir dans ce « ménage » entre le fils du Président et Slim Riahi, celui que l’on présente encore comme un personnage sulfureux et objet de multiples affaires judiciaires, un mariage opportuniste entre deux formations politiques, l’une profondément divisée et aux abois, l’autre carrément moribonde, incapable de se présenter aux dernières élections municipales.

Ce « mariage » ne fait en réalité qu’assombrir les perspectives et les chances de redressement de Nidaa Tounès qui étaient intimement liées au départ, ou du moins au retrait, de HCE des devants de la scène ; alors qu’il accorde une nouvelle virginité à l’ombre d’un parti, un groupe d’individus dont les liens sont fondés sur les moyens mis en place à l’époque par celui qui rêve de jouer un rôle politique pour des considérations qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général ou une quelconque réelle ambition pour le pays et pour son peuple.

Cette image, peu amène, dégagée par cette fusion, va probablement décourager les autres formations politiques qui pouvaient s’inscrire dans un projet d’alliance en vue des élections. « Machrouo Tounès » a déjà annoncé son retrait, et on voit mal les Mehdi Jomaa, Said Aidi, Yassine Brahim et autres la rejoindre.

De plus, le prochain congrès de Nidaa Tounès, s’il se tenait conformément à l’engagement moral pris par ses actuels dirigeants, ne pourrait-il pas réserver des surprises et écarter des postes de direction HCE ou/et Slim Riahi ?

Dans ce cas, ce dernier restera-t-il encore à Nidaa Tounès ? Bref, difficile d’imaginer la survie d’un projet à l’avortement annoncé d’avance…

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 22/10/2018

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