Tunisie : Trêve ou grève ?

Il reste encore une dizaine de jours avant la grève générale dans le secteur public, lisez l’ensemble des entreprises publiques, une issue à laquelle aucune des deux parties concernées, l’UGTT d’un côté, et le gouvernement de l’autre, ne semble vouloir aller.

Mais il s’agira d’ici-là de trouver un compromis suffisamment acceptable pour satisfaire les bases syndicales, excédées par une détérioration continue de leur pouvoir d’achat et un gouvernement qui demeure encore ligoté par les contraintes que lui imposent l’état des finances publiques et la situation économique globale.

Le conflit entre les deux parties présente, en fait, de multiples facettes. Le fossé s’est creusé à partir du moment où la Centrale syndicale avait exigé le départ du gouvernement et de son chef, YC.

Ainsi, l’UGTT devenait un allié précieux et de poids pour ceux qui demandaient le changement radical du gouvernement et l’adversaire de celui-ci. Face à cette position hostile à son égard, YC a cru bon de jouer la montre, donnant l’impression de vouloir couper les ponts avec les syndicalistes, ou, du moins, en ralentissant la cadence des pourparlers déjà engagés sur deux aspects principaux : les augmentations salariales dans le secteur public et la fonction publique, et la problématique des entreprises publiques.

En fait, YC entendait exercer une sorte de pression sur l’UGTT afin de l’amener à de meilleurs sentiments envers sa personne, voire à lui faire changer d’avis, et voulait aussi gagner du temps pour la mettre devant le fait accompli en ce qui concerne la privatisation de certaines entreprises publiques que ses plus proches conseillers ainsi que les lobbyistes (organisations patronales, groupes financiers, médias) et les différents rapaces qui rôdent autour des derniers fleurons de notre économie, encouragent.

Par l’accord-cadre intervenu en juillet, et qui prévoyait la fin des négociations sociales pour le 15 septembre, YC espérait, en même temps, voir l’UGTT modifier sa position à son égard, mais en vain.

Du coup, les négociations n’ont pas avancé d’un iota, le gouvernement ne brillant ni par son sérieux ni par sa rigueur ou ses positions franches. Au contraire, c’est lors de cette période que l’UGTT dévoile une liste d’entreprises publiques que le gouvernement entend privatiser, information, par ailleurs, niée par l’exécutif.

Aujourd’hui, la menace d’une grève générale dans les entreprises publiques (le 24 octobre), qui serait suivie par une autre dans la fonction publique un mois plus tard (22 novembre), n’est pas encore levée malgré la porte ouverte laissée à un accord entre les deux parties à l’issue de la rencontre entre YC et NT. Car, une telle entreprise risque d’être très coûteuse. Et les deux parties sont appelées à trouver des solutions et des compromis.

YC doit éviter une tension sociale pour préserver une image d’un homme d’Etat qu’il essaie de se construire. En même temps, il doit prendre des engagements acceptables pour l’Etat qu’il devrait, après son départ (et son retour qu’il espère), assumer moralement et politiquement.

En face, l’UGTT, et quoi qu’en disent ses détracteurs, demeure l’unique et le dernier bastion capable de défendre les droits économiques et sociaux des citoyens, ainsi que les services publics auxquels l’Etat semble renoncer.

La Centrale syndicale est dans l’obligation de revendiquer l’amélioration d’un pouvoir d’achat qui ne cesse de se dégrader, ses exigences dans le secteur public s’élevant au moins au taux d’augmentation obtenu dans le secteur privé (6,5%).

Ensuite, elle doit défendre l’économie publique et ses biens à condition qu’elle se montre plus rigoureuse en matière de gestion de ses propres bases dont certaines font preuve d’une arrogance inacceptable et ne sont guère meilleurs que ceux qu’ils accusent de corruption ou de clientélisme, qu’elle œuvre réellement à une meilleure gouvernance des entreprises publiques et leur assure un véritable redressement qui ne peut que servir l’intérêt général. Alors trêve ou grève ???

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 15/10/2018

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