Les Beys ne quittaient pas la capitale | II. L’hommage de Sousse à Lamine Bey

Après la réception de Lamine Bey au Collège des garçons de Sousse, le cortège beylical, sous des acclamations ininterrompues, gagna le Caïdat. Le Bey quitta, alors, sa voiture et se rendit, à travers les souks, à pied, au mausolée de Sidi Bouraoui. Sur son passage, une foule imposante se presse, comme lors de son trajet de la gare au collège.

Des moutons et des taureaux furent, alors, immolés. Le souverain resta peu de temps au mausolée et regagna, par le même itinéraire, sa voiture avant de se rendre au contrôle civil où un déjeuner intime était prévu et auquel assistèrent, seulement, les hautes personnalités.

A l’asile des vieillards

A 15h30, le cortège beylical se reforme pour gagner l’asile des vieillards où le Bey est accueilli par le Comité directeur de la Société de Bienfaisance musulmane de Sousse. Après la visite de l’établissement et le discours du président de la Société, le Cadhi Mohamed Karoui, il est procédé à une remise de décorations.

Le programme comportait, également, la visite des Entreprises Mhenni. Lors de la visite des ateliers de ces entreprises des frères Jelloul et Ali Mhenni, le souverain s’intéressa beaucoup au travail des ouvriers.

Stade Lamine Bey

Le regretté Mustapha Zrida , ancien joueur de l’Etoile Sportive du Sahel, avait ses entrées au Palais beylical, où il remplissait je ne sais quelle fonction. Or, l’ESS avait un mal fou à obtenir de la Patriote de Sousse, équipe française auquelle appartenait le stade Cachelou (actuel stade M’hamed Maârouf), qu’elle mette le stade à sa disposition pour s’y entraîner.

Aussi, Mustapha Zrida, bien vu par Lamine Bey, obtint de lui qu’il offrit à l’Etoile une terre des Habous pour y construire un stade. Le grand entrepreneur Ali M’henni, lui aussi ancienne gloire de l’ESS, construisit sur cette terre, à ses frais et sans qu’il en coutât un sou à l’Etoile, un stade flambant neuf, auquel on donna, en signe de reconnaissance, le nom de stade Lamine Bey.

Après la proclamation de la République, ce stade portera le nom de Mohieddine Habacha (frère du grand Mohsen), un joueur génial, appelé à un très grand avenir mais que la mort (des suites d’un cancer) a ravi au football, à la fleur de l’âge.

Il était, donc, normal que la dernière manifestation, avant le retour du Bey à Tunis, consistât en la pose de la première pierre, par le souverain, de la construction de ce stade.

Le Dr M’hamed Ghachem, président de l’ESS, et président du Comité de réception du Bey, prononça un discours et le Bey remit des décorations, à Rachid Shili, entre autres, capitaine mythique de l’Etoile et qui eut une carrière footballistique très longue et riche en succès.

Le retour à Hammam-Lif

Quittant le stade, le cortège beylical longea la Corniche, pour se rendre à la gare. C’est à 17h15, exactement, que le train spécial quitta Sousse pour arriver à Hammam-Lif à 19h05. Pour se rendre de la gare à son palais, le souverain monta en voiture.
Les acclamations et les youyous ne lui furent pas ménagés.

Incidents à Sousse

Le voyage du Bey à Sousse ne se passa pas sans incident. C’est ainsi que certains des discours prononcés au Collège de garçons par des leaders nationaux provoquèrent quelques cris hostiles au Premier ministre Mustapha Kaâk.

D’autre part, lors de la traduction du discours de Seraphin Zevaco, vice-président de la Municipalité de Sousse, par le chef du protocole du Bey, un mot choqua le public tunisien. Aussi les Nationalistes tunisiens répondirent à ce discours en réclamant l’indépendance de la Tunisie et en prononçant à l’égard d’Antoine Colonna, le chef de file des colons français des cris hostiles.

De même, lors de la traduction du discours de Mohamed Abbès, Bach-Mufti de Sousse par Charles Samaran, ce dernier fut interrompu aux cris de « Vive la langue arabe ».

Mais l’incident le plus grave (un incident diplomatique) éclata lorsque le Résident général, Jean Mons, découvrit que le siège qu’on lui avait réservé au Collège de garçons était plus bas que celui du Bey. Il se trouva en position d’infériorité et en fit un drame. Quant aux journaux français, ils en firent – cela va sans dire – une véritable affaire d’Etat.

Moncef CHARFEDDINE
Tunis-Hebdo du 01/10/2018

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Des billets de dix francs !

Par pure coïncidence, j’ai assisté à la visite de Lamine Bey à la ville de Sousse.

À une des sorties du « Rebaa », côté nord, j’ai rencontré une foule de grandes personnes amassées sur deux rang et au milieu, se trouvait un passage complètement dégagé.

À mes questions, on m’a répondu que le Bey allait y passer pour se rendre au lieu saint de la ville, Sidi Bouraoui, et y lire la « fétiha » coutumière pour les faits solennels.

C’est alors que le cortège se pointa et à pied, vu l’étroitesse des rues. Il était précédé de quelques dizaines de pas par un officier beylical, certainement relevant du protocole. L’officier distribuait à droite, comme à gauche, des billets de cinq et dix francs de l’époque. C’était une somme énorme pour un gosse de douze ans !

M.B.Y.
Tunis-Hebdo du 01/10/2018

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