Semblables et dissemblables ! I – Premiers Présidents…

Les analogies entre Habib Bourguiba (1900 et non 1903-2000) et Mustafa Kamel Atatürk (1881-1938) sont nombreuses, les différences aussi…

Autant « Si Lahbib » était un antimilitariste dans le sang autant le Turc était un stratège de premier plan qui a su et pu stopper l’avancée des troupes européennes, assoiffées de conquêtes, en les refoulant avec l’apport, plus d’une fois, des courageuses femmes turques.

Celles-ci ont indirectement participé aux divers combats par le transport, entre autres, des armes et tout ce qui a un rapport quelconque avec la logistique des combattants au front.

Atatürk a, ainsi, battu successivement les armées françaises, italiennes et arméniennes. Il a, aussi, repris aux Grecs la ville turque d’Izmir, lors de la bataille de Sakarya en 1921.

Bourguiba était admiratif d’Atatürk, il a donc essayé, à son tour, de l’imiter en introduisant des réformes substantielles en Tunisie, mais de moindre importance que le maître de la défunte « Sublime Porte ». En cela, un énorme gouffre sépare les deux grands leaders !

D’un côté, il y a le réformateur d’origine militaire qui a bouleversé son pays en instaurant, par la force, la technologie et le modernisme à l’occidentale, y compris le port du chapeau, puis en abolissant l’usage de l’alphabet arabe au profit de celui du latin.

Et de l’autre, il y a le fils de Monastir, « Si Lahbib », qui a réformé la société tunisienne et tenté d’imposer le droit à l’abstention de faire le jeûne pendant le mois de Ramadan et cela « afin de ne pas freiner la productivité et handicaper l’économie du pays », selon ses dires.

Des réformes jugées mineures à l’exception, toutefois, de celles concernant le statut de la femme. Celui-ci empêche, dorénavant, l’homme d’épouser plus d’une dame à la fois, ainsi que le divorce unilatéral par les hommes sur un coup de tête et celle de l’instauration du planning familial.

Kamel Atatürk avait horreur des tchadors que portaient les Turques. Bourguiba lui, avait une hantise du voile des Tunisiennes. Ce dernier s’est, d’ailleurs, empressé de le leur ôter parfois par lui-même.

Ces deux réformes ont permis, chez nous, de freiner les natalités, autrement aujourd’hui, on serait quinze à dix-huit millions de bouches à nourrir au lieu des douze millions actuellement, dont d’importantes franges, parmi ces derniers, vivent toujours, dans le besoin…

Bourguiba, quant à lui, a, sur les conseils de son ministre Mohamed Mzali, arabisé l’instruction à tour de bras et cela sans tenir compte des aléas imposés par la connaissance des nouvelles technologies et l’avènement d’importantes inventions occidentales.

Sous le commandement d’Atatürk, les forces turques vainquirent les armées arméniennes, françaises, italiennes et grecques. Bourguiba, grâce au Néo-destour qu’il a crée et surtout grâce à l’appui de la résistance nationale armée, arracha l’autonomie interne de son pays puis, dans la foulée, l’indépendance malgré les frictions, parfois, gravissimes avec une frange des destouriens. Ces derniers estimaient, à tort ou à raison, qu’il s’agissait d’un « pas en arrière ». Puis vint l’indépendance suivant l’exemple du roi Mohamed V.

Devenu Premier ministre, il dénonça le comportement de certains membres de la famille régnante avant de procéder par un vote à l’Assemblée Constituante le 8 avril 1956 à changer le type de régime. Ce fut le début de l’ère républicaine en Tunisie. Atatürk l’a précédé en cela le 24 novembre 1924.

Tous deux furent les premiers présidents de la République dans leur pays respectif. Mustafa Kamel affirme, tout comme Habib Bourguiba, une volonté farouche de rupture avec un passé féodal.

Après la révolution, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara, chose que Bourguiba n’a pas eu l’occasion de réaliser du fait que nous ne disposions pas d’une grande ville à l’intérieur du pays à l’image du Tunis. « Si Lahbib » aurait bien aimé promouvoir sa ville natale Monastir, mais celle-ci ne faisait guère le poids, sauf en été où il y passait plusieurs semaines en vacances alors que ses ministres faisaient quotidiennement la navette.

Si Atatürk est parvenu à inscrire la laïcité dans la constitution et accordé le droit de vote à la Turque, Bourguiba en a fait autant, voire plus, grâce au Statut de la femme tunisienne. Celui-ci lui accorde tous ses droits y compris celui de pouvoir demander, de son propre chef, le divorce. Bourguiba mit fin au règne de Lamine Bey le 25 juillet 1957 sans que personne n’exprima publiquement son désaccord.

M’hamed Ben Youssef
Tunis-Hebdo du 24/09/2018

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(À suivre, prochain article : II – Vie saine de l’un débauche de l’autre)

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