Ormuz mon amour !

Un blocage du détroit d’Ormuz serait, sans nul doute, un cas de guerre
Lundi 3 septembre, le vice-Président de la République islamique d’Iran, Eshaq Jahangiri, a lancé un coup de semonce à l’encontre des Etats-Unis en menaçant de bloquer le détroit d’Ormuz si Donald Trump serre encore l’étau sur l’économie iranienne. Après le retrait du géant pétrolier Total et le boycottage de Google, la Perse vise le talon d’Achille des puissances occidentales, à savoir, s’attaquer au commerce de l’or noir en empêchant les pétroliers de s’approvisionner auprès des pays du Golfe. Une stratégie politique efficace mais qui n’a pas profité aux Iraniens lors de la bataille des plates-formes pétrolières de Sassan et Sirri, trente ans auparavant. Aurons-nous le droit à un remake de 1988 à la sauce Trump ?

Au vu des tensions géopolitiques actuelles, les Etats-Unis et l’Iran « célèbreront », l’année prochaine, quarante ans d’animosité et de pourparlers sans compromis. Entendons-nous bien, cette hostilité entre les deux camps n’est pas due à l’application de la chariaâ ou à un quelconque non-respect des droits de l’Homme de la part de la République islamique, car si c’était, effectivement, le cas, la vie n’aurait pas été aussi rose entre les USA et l’Arabie saoudite.

Ennemis jurés

Les raisons de ce sempiternel conflit entre l’Oncle Sam et les Ayatollahs sont que ces derniers refusent de s’aligner sur les accords d’exploitation et de tarification du pétrole dictés par les Américains, qu’ils ne reconnaissent pas l’existence de l’Etat d’Israël et qu’ils sont de farouches opposants au régime saoudien. D’autres peuples partagent les mêmes idées politiques que les Iraniens mais ne subissent pas les foudres des Etats-Unis car ils n’ont, d’une part, aucune influence sur le commerce du pétrole et d’autre part, n’ont pas l’intention d’enrichir de l’uranium dans un but énergétique ou militaire.

Dans ce contexte, l’Iran donne des sueurs froides à l’Occident qui doute de ses intentions pacifiques. Cerise sur le gâteau, la tentative de réconciliation établie par Barack Obama en 2015 sur fond « d’accord sur le nucléaire » vient d’être balayée d’un revers de main de la part du casse-cou Donald Trump qui n’a pas hésité une seule seconde à sanctionner l’Iran en mai dernier et à retirer son appui financier à toutes les entreprises qui désirent s’installer dans la région. Afin d’éviter le sort du Venezuela et de déclarer faillite, l’Iran compte appliquer la bonne vieille méthode en dégainant le dossier poussiéreux du « Détroit d’Ormuz » des placards du gouvernement.

Une 3ème guerre du Golfe ?

Le détroit d’Ormuz, reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, constitue une voie empruntée par plus de 30% du commerce mondial de pétrole. Environ 2.400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d’environ 17 millions de barils de pétrole par jour, d’après les chiffres du département américain de l’Energie. Il est évident que si l’Iran met sa menace à exécution en verrouillant techniquement ce point géostratégique, des pays comme le Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït et le Qatar ne pourront plus transporter leur pétrole pour le vendre à l’étranger ni approvisionner les soutes des navires. Même si une partie du détroit appartenant au sultanat d’Oman permet le passage d’un flot non négligeable de bateaux, bloquer militairement le détroit est, sans nul doute, un cas de guerre.

Pour rappel, l’Iran avait tenté cette manœuvre en 1988 qui s’est soldée par une cuisante défaite militaire face aux croiseurs de l’US Navy. Aujourd’hui, Trump n’ira pas par quatre chemins si l’histoire se répète. A la seule différence est que cette fois-ci, les Américains ne se contenteront pas de dégager le détroit mais d’attaquer, aussi, des installations militaires terrestres avec le soutien militaire de pays amis tels que l’Arabie saoudite, le Koweït ou encore Israël.

Au lieu de mettre de l’huile sur le feu (nucléaire), l’Iran a, donc, intérêt de calmer le jeu en se rapprochant de la Chine et de la Russie afin d’avoir des alliés militaires de poids et d’établir un partenariat commercial solide avec différents pays pour tenter de contourner l’embargo US.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 10/09/2018

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