Quand les produits turcs nuisent au Made in Tunisia

Chez le moindre épicier ou vendeur de fruits secs, si modeste soit-il, on trouve des produits agroalimentaires de grandes marques internationales à des prix exorbitants. A l’heure où nos propres entreprises et sociétés nécessitent plus que jamais le soutien de l’Etat pour revaloriser le savoir-faire tunisien, des millions de dinars sont dépensés chaque année pour importer de Turquie des produits que l’on peut fabriquer en Tunisie.

Depuis la Révolution, les Tunisiens assistent à un phénomène incompréhensible et économiquement contradictoire : plus la valeur du dinar dégringole, plus nos étals de supermarchés se remplissent de produits de luxe importés. A l’époque où notre modeste dinar national rivalisait, un tant soit peu, avec le titanesque euro, ces mêmes produits ne faisaient qu’alimenter les plus grands fantasmes gustatifs de nos concitoyens.

Chaque fois qu’une tante ou un cousin avait l’occasion de se rendre en France ou dans l’un de ces pays développés, il ou elle ramenait une pleine valise de fromages, chocolats et autres douceurs à son retour en Tunisie pour ses proches. Aujourd’hui, des tonnes de ces articles s’entassent dans tout les magasins d’alimentation du pays.

Un détail n’a, cependant, pas échappé au consommateur. Ces produits proviennent de Turquie comme en témoigne les indications écrites en turc sur les emballages et notices d’utilisation. Bien que notre balance commerciale souffre d’un déficit considérable (8,16 milliards de dinars), il est évident que la Tunisie nécessite l’importation de certaines matières premières dont elle n’est pas productrice (hydrocarbures, bois, coton), mais l’idée de faire venir de Turquie des milliers de conteneurs de denrées alimentaires (glibettes, sucreries…) et de vêtements en tous genres, est tout bonnement inutile et néfaste pour notre économie.

Non seulement nous avons les moyens de concevoir de tels produits, certes sous une autre appellation, mais aussi les vendons à un prix plus raisonnable. Pour rappel, la balance avec la Turquie représente 12% du déficit commercial total de la Tunisie.

« La balance avec la Turquie représente 12%
du déficit commercial total de la Tunisie ! »

Ce partenariat commercial avec l’ex-sultanat s’est brutalement accentué depuis l’arrivée du parti islamiste d’Ennahdha dans les rouages de la politique et la montée en puissance d’Erdogan, « islamiste modéré », selon lui. Ce commensalisme économique est soutenu par l’article 17 de l’accord de libre-échange entre la Turquie et la Tunisie.

Ce dernier stipule que « les droits de douane à l’importation applicables en Tunisie à des produits originaires de Turquie, introduits par ces mesures, ne peuvent pas excéder 25% ad valorem et doivent maintenir un élément de préférence pour les produits originaires de Turquie ».

Il est clair que de telles faveurs douanières illustrent parfaitement la connivence entre le « calife » Erdogan et le « cheikh » Ghannouchi pour paralyser l’industrie tunisienne et faire disparaître notre savoir-faire. Est-ce une manière pour l’Empire ottoman de reconquérir la Tunisie et de mettre le leader d’Ennahdha au pouvoir comme du temps des Beys ? L’avenir nous le dira.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 30/07/2018

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