CLIN D’ŒIL | La France est-elle une nation de football ?

Je ne sais pourquoi, jusqu’à ce qu’elle remporte la deuxième Coupe du monde, la France n’a pas toujours été considérée dans l’opinion comme une nation de football. Peut-être parce qu’elle tire sa force et son rayonnement d’autres réputations mondialement connues et célèbres comme la gastronomie, la haute couture, la littérature et les arts en général…

Pourtant, pour peu qu’on sache observer de près l’historique du ballon rond, on se rendra vite compte que ce pays peut se targuer d’avoir une véritable tradition footballistique. Et qu’elle n’a rien à envier à un pays comme l’Angleterre où le football est né.

A quoi reconnaît-on la grandeur d’une nation du point de vue footballistique ? Au palmarès, certes, mais aux prodiges qu’elle enfante. Et à cet égard, l’histoire du football français se distingue par une pléthore de très grands joueurs qui ont fait leurs preuves non seulement dans leur pays et en Equipe nationale mais aussi dans les plus prestigieux clubs européens.

Le hasard a voulu que c’est un footballeur marocain, Larbi Ben Barka qui, de la fin des années trente jusqu’au début des années cinquante, a brillé de mille feux dans le championnat français sous les couleurs de l’Olympique de Marseille. Surnommé la « Perle noire », Ben Barka, naturalisé, donna à l’Equipe de France une touche technique exceptionnelle. La génération qui lui succéda, baptisée « génération dorée » fit découvrir au monde, grâce au génie de Kopa et de Fontaine, la splendeur du football français.

Les années soixante dix furent dominées par l’épopée des « Verts » de Saint-Etienne, orchestrée par le milieu de charme, Jean Michel Larqué, et marquée par Dominique Rocheteau, appelé « l’ange vert », devenu coqueluche de tout l’Hexagone.

Dans la décade qui suit, on eut le droit à admirer une pléiade de joueurs de talent hors pair comme Giresse, Tigana et notamment le grand Michel Platini. Ce dernier eut le mérite de briller à la Juve (1984-1987) dans le championnat, alors, le plus difficile mais aussi le plus attractif. Auréolé trois fois de suite du titre de « capocannonieri », Platini aura écrit les plus belles pages de la « Vieille Dame ».

Au début des années quatre vingt dix, comment ne pas se souvenir des prouesses d’un Ginola ou des exploits d’un Cantona qui confèrent au championnat anglais beauté et somptuosité. Pourtant tous les deux furent bannis de la sélection qui possédait, alors, des noms qui font rêver : Barthez, Blanc, Djorkaef et surtout Zidane. Ce dernier réussit une superbe carrière d’abord à la Juve ensuite au Real Madrid.

Bon an mal an, la France continue à enfanter des joueurs exceptionnels à l’instar de Thierry Henry, buteur et homme à tout faire à Arsenal dont le public ne jura que pour lui. Depuis sa retraite le football français semble à la quête d’une idole qu’il semble avoir récemment trouvée en la personne de Kylian Mbappé, élu meilleur jeune joueur du Mondial 2018.

Du point de vue palmarès, la France a de quoi se féliciter. Au Mondial 1958 de Suède, la France se classe troisième derrière le Brésil et le pays organisateur. Les années soixante marquent une longue traversée du désert jusqu’à ce que ce que sous l’impulsion du mythique George Boulogne, le football français connaît dans les années soixante dix une remarquable renaissance.

Après une participation encourageante au Mondial 1978 d’Argentine, les Bleus créent en 1982 en Espagne la grande sensation. Les camarades de Marius Trésor se voient damer le pion, en demi-finale, injustement par une Allemagne que symbolisa le monstrueux Schumacher, auteur d’une grave agression sur Battiston.

Deux années plus tard, la France récolte les fruits de la passion en remportant sa première Coupe d’Europe. Menée par Michel Hidalgo et Michel Platini au sommet de son art. Au Mondial 1986, La France élimine le grand Brésil mais butte sur sa bête noire l’Allemagne, en demi-finale. C’était la fin d’une génération et d’un cycle.

Après une éclipse, les Bleus reviennent requinqués en 1998 pour gagner leur premier sacre mondial aux dépens du Brésil dans une finale historique. Le successeur de Jaquet, Roger Lemerre, remporte avec quasiment la même équipe, la Coupe d’Europe au détriment de l’Italie. Celle-ci prend sa revanche six années plus tard dans une apothéose marquée par le coup de boule énigmatique de Zidane.

La France mettra douze ans pour s’en remettre. Après avoir gagné le Mondial en tant que capitaine, Didier Deschamps remporte le deuxième sacre en tant que sélectionneur. Qui peut encore dire que la France n’est pas une grande nation de football ?

Abbès BEN MAHJOUBA
Tunis-Hebdo du 30/07/2018

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