Et le gagnant est… l’abstention !

Tribune | Par Wael Mejrissi

Les élections municipales se sont déroulées nous dit-on en toute transparence d’après les observateurs européens venus comme toujours nous donner des leçons de démocratie. Nous en sommes encore aux premiers balbutiements de l’ère démocratique dans notre pays et les désordres organisationnels corroborent cette analyse au vu de plusieurs incidents et altercations qui ont eu lieu au sein de bureaux de vote notamment entre les deux partis rivaux Ennahdha et Nidaa Tounes.

Néanmoins, ces élections municipales libres font ressortir un grand vainqueur : l’abstention. Elle a atteint plus de 66% ce qui représente pour la classe politique une contre-performance historique. L’ère post-révolutionnaire a calmé très rapidement les aspirations des Tunisiens en matière d’équité sociale, d’éthique politique et de développement économique. Les débats sans fin des ténors de la classe politico-médiatique ont fini par lasser très rapidement la jeunesse qui était pourtant à l’initiative de ce bouleversement de régime.

Les retombées économiques et sociales n’étant pas au rendez-vous pour ne pas dire à l’opposé de ce qu’on pouvait en attendre ont fini par avoir raison de cet espoir naissant. La jeunesse, les classes moyennes et populaires ont donc massivement tourné le dos à ces élections qui ressemblent davantage à leurs yeux à un simulacre qu’à un véritable exercice démocratique.

Les sept années passées à voir les tours de bisbilles entre partis et les querelles intestinales au sein même des formations partisanes dont Nidaa Tounes a le secret ont révélé la nature vorace de l’élite politique pour les postes clés du gouvernement et les émoluments qui y sont attachés. Entre le chômage qui ne cesse de gagner du terrain, l’éducation en pleine déliquescence, et la précarité devenue le compagnon de route de bon nombre de Tunisiens, il ne reste plus beaucoup de raisons d’espérer un changement dans l’intérêt supérieur de la nation.

Rappelons que les exilés politiques devenus les soutiens indéfectibles d’Ennahdha ont demandé dès leur retour des indemnisations pharaoniques au titre du préjudice qu’ils ont subi, les députés de l’Assemblée des Représentants du Peuple ont voté à l’unanimité en 2016 une augmentation de leur salaire de 1000 dinars par mois alors que beaucoup d’entre eux brillent par leur absence et sans parler du scandale des Panama Papers qui a jeté définitivement le discrédit sur toute la classe politique. Tout cela allant de pair avec des indicateurs socio-économiques passés au rouge vif.

En réponse à ce revers électoral qui devrait susciter un sentiment de honte de la classe dirigeante vu le travail non-accompli, nous avons eu droit à une déclaration des plus platoniques du Premier Ministre Youssef Chahed évoquant par le résultat de ce scrutin un « signe négatif, un message fort pour tous les responsables politiques ». Un euphémisme quand on sait que les Tunisiens n’ont plus foi en la chose publique ni en ce qu’elle est capable d’apporter et prennent même le risque encore aujourd’hui au péril de leur vie de traverser la méditerranée sur des embarcations de fortune.

Pour sauver ce tableau ténébreux de notre pays, on peut toujours s’accrocher à l’espérance que cette période est transitoire pour arriver peut-être un jour à un pays libre avec à sa tête des gouvernants qui auront le sens de l’Etat et du sacrifice pour la nation.

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