Mystères autour de l’abdication de Yaâkoubi

Tribune | Par Wael Mejrissi

Voilà quelques jours que la grève des enseignants est définitivement terminée. Les cours on repris et les notes ont été rendues comme l’a demandé le gouvernement. Encore aujourd’hui la tournure de ce mouvement social laisse pour le moins perplexe le citoyen anonyme que nous sommes.

Le mouvement a démarré sur les chapeaux de roue avec un taux de grévistes surréaliste qui frise les 100%… du jamais vu ! C’est dire si le mouvement a été unanimement suivi. Les revendications exprimées trouvaient leur légitimité dans des conditions de travail qui se dégradent jour après jour, un salaire qui n’arrive plus à suivre le rythme de l’inflation, des lycées pour beaucoup d’entre eux dans un état de délabrement catastrophique et surtout une situation sanitaire préoccupante qui se traduit par un nombre inquiétant d’accidents cardio-vasculaires d’enseignants en pleine séance de cours.

La combinaison de ces trois facteurs ont ramené tous les enseignants sous le même mot d’ordre : hausse des salaires et l’amélioration des conditions de travail. Les classes surchargées ne permettant pas là non plus d’enseigner correctement. Bref autant de raisons qui auraient du cimenter ce mouvement pour faire plier le gouvernement.

Sauf que monsieur Yaâkoubi a décidé de brader cette union sacrée des enseignants pour des raisons qui restent il faut bien le dire inconnues. Là où peinent les syndicats à rassembler un maximum de grévistes, Yaâkoubi l’a réussi d’un claquement de doigts. Les taux de grévistes se sont situés entre 97 et 99%, des taux qui feraient rêver les syndicats français, pays des lumières et des consciences sociales.

Comment Yaâkoubi a-t-il pu désavouer toute une corporation qui pourtant le soutenait comme un seul homme ? Ajoutons que la reprise du travail et la remise des notes ont été décidées par l’antenne de l’enseignement secondaire affiliée à l’UGTT sans aucune contre-partie alors que le rapport de force était très largement en faveur du syndicat enseignant.

Pas un millime d’augmentation de salaire et l’amélioration des infrastructures laissées aux calendes grecques. Pourquoi avoir abdiqué face à un gouvernement bancal de plus en plus contesté au sein même de ses propres rangs notamment à cause de la loi de finances 2018 qui renchérit considérablement le coût de la vie ? Une équation bien difficile à résoudre à ce stade puisque toutes les inconnues ne sont pas encore identifiées.

Une chose est sûre : cet épisode laissera incontestablement des traces indélébiles dans la mémoire collective des enseignants qui ont misé une confiance aveugle sur cet homme pour porter leurs espoirs. Cela aura au moins le mérite d’aider ce corps de métier à comprendre que les compromissions et non les compromis ne touchent pas que les partis politiques mais toutes les structures de pouvoir qui se donnent des airs de représentants du peuple.

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