Octobre musical : Epoustouflant Trio Migrantes !

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Crédit photo | Hatem Bourial | Webdo

Ils étaient trois sur la scène de l’Octobre musical de Carthage. Avec un saxo, un oud et un piano, les trois musiciens du Trio Migrantes ont tissé les harmonies, marié leurs instruments et fait naître une musique de confluences, aux limites du jazz et des sonorités abstraites du courant concret du vingtième siècle.

Des confluences inédites et un saxo darbouka !

Soutenu par le piano de Andrea Manzoni, porté par le saxo de Javier Girotto, le oud de Mauro Sigura donnait une tonalité orientale au « sound » de l’ensemble et répondait par ses rythmes syncopées aux envolées du saxophone.

Le saxo était impérial se transformant parfois en … darbouka, jouant de la percussion avec la complicité du pianiste t sortant le grand jeu lorsqu’il s’agissait de se lancer dans des solos débridés mais qui semblaient répondre à une rigueur toute arithmétique.

Quand la musique concrète rencontre l’Orient

Le Trio Migrantes a interprété six pièces plutôt jazz, évoquant une rencontre bénie entre les sonorités d’un Erick Satie ou d’un Boulez et les accents purs et aériens des airs soufis. La flûte fut d’ailleurs par moments invitée en renfort et sa présence souligna la vocation orientale du jazz produit par ce groue à la recherche de confluences inédites.

Ce qui retient dans la démarche de Migrantes, c’est que le groupe installe son dispositif musical dans une sorte de glissement, opérant des translations permanentes entre diverses traditions.

En ce sens, ce qui fait la puissance de cette formation, c’est bien que ces glissements sont imperceptibles, surgissent de manière fugace, puis reviennent tout aussi subrepticement avant de s’évanouir dans l’éther des sens.

Un jazz savant à l’architecture orientale et classique
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Crédit photo | Hatem Bourial | Webdo

D’autre part, la puissance du trio résidait dans un fait que l’on pourrait qualifier d’architectural. En effet, l’évolution de chaque pièce musicale semblait répondre à un ordonnancement classique immuable, une sorte de jeu qui donnerait à un solo de saxo les mouvements ascendants qui portent le passage d’un adagio à l’andante ou à un prestissimo vigoureux.

Avec Migrantes, l’improvisation jazz donnait l’impression d’une écriture musicale sensible aux mouvements qui structurent la musique de chambre. Mais ici, il s’agissait non plus de musique de chambre mais bel et bien d’un tissage fondateur entre traditions que tout pourrait opposer mais qui ici sont rassemblées sous la même bannière.

En hommage à Anouar Brahem et Lotfi Bouchnak

Le final fut suivi d’une formidable ovation des présents. Le trio avait en effet choisi comme cerise sur le gâteau une composition de Anouar Brahem « Ritek ma naaref ouin » redue fameuse par Lotfi Bouchnak.

Ce récital fut un succès, un moment brillant de cet Octobre musical 2016, une belle séquence que nous devons au partenariat de l’Octobre musical avec l’Instituto italiano di Cultura. Assurément un des temps forts de cette édition ouverte sur le jazz, le classique et les musiques du monde.

H.B.

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