Tunisie : Brigades Vertes

Tunis Hebdo | Décidément, le ministère de l’Environnement a l’air de bien inspirer ses détenteurs. Avec l’ex-ministre, on a eu droit à un projet d’agence nationale de lutte contre les moustiques. Aujourd’hui, le nouveau détenteur de ce portefeuille nous propose une «police environnementale».

Voilà une idée qui aurait pu plaire à Ben Ali, passé maître ès-polices, comme tout le monde le sait ! Beaucoup de Tunisiens, qui estiment que le Tunisien «ne marche qu’au bâton», vont certainement applaudir à l’initiative, d’autant plus qu’ils sont excédés par toutes ces ordures qui jonchent le sol national, ainsi que par les agressions faites à la nature, depuis que le pays a été transformé en jungle.

Ordures et moustiques

Avec une «brigade verte» (armée ou non armée ?), l’ordre environnemental sera, je vous l’assure bientôt rétabli, surtout que pour les ordures ménagères et autres déchets et gravats qui envahissent de plus en plus notre espace de vie, le ministre dispose déjà d’un texte de loi qui pénalise sévèrement les fauteurs et prévoit même des peines de prison.

Si ladite brigade se montre aussi sévère que ce texte, il est à craindre que les pensionnaires de «La Mornaguia» et autres prisons de Tunisie vont être à l’étroit, dans quelques mois. Voici donc le ministre de la Justice averti !

Mais rassurez-vous, rien de cela n’aura lieu. Certaines lois sont condamnées à rester lettre morte, et le citoyen peut toujours s’arranger avec n’importe quelle brigade, verte, rouge ou multicolore (pas besoin de vous faire un dessin !). Puis, l’Etat, pour le moment, a besoin d’argent, et «la police environnementale » pourrait aider à renflouer les caisses publiques, à coups de contraventions, bien sûr.

Et c’est le ministre des Finances qui va être super content de cette idée géniale de son confrère de l’Environnement. Avec des élections municipales renvoyées aux calendes grecques, et au vu des services minima assurés par la plupart des «niabat al khoussoussia», les citoyens, comme en football, vont être poussés à la faute, au grand bonheur des «brigades vertes» et, bien sûr, du ministère des Finances, qui sait plus que quiconque qu’une bonne partie du budget nationale est financée par les contraventions.

Mais c’est une histoire à la «Perrette et le pot au lait» que je vous raconte là, n’est-ce pas ? Oui, peut-être, mais il y a quand même une chose qui ne relève pas du rêve éveillé dans cette histoire : la «police environnementale» va contribuer à l’absorption du chômage des jeunes, et ce n’est pas le moindre mérite de ce projet, au moment où l’emploi devient rare.

Bravo, Monsieur le ministre, d’y avoir pensé, quoique l’idée, entre nous, ne soit pas nouvelle du tout. Car depuis les premières années de l’indépendance, nous avions déjà une police municipale, qui jouait au chat et à la souris avec les ménagères indisciplinées, mais aussi un corps d’agents qu’on appelait «boulis lahchich», une sorte de gardes champêtres citadins, tout de vert habillés et qui veillaient, au parc du Belvédère notamment, au respect des arbres et du gazon.

Une dernière question, Monsieur le ministre : notre «police environnementale» est-elle habilitée à pénaliser les pollueurs de la vie politique et économique ? Vous savez bien de qui je parle !

Adel LAHMAR

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