Festivals de Carthage et Hammamet : L’heure du changement a sonné

festivaldecarthageTunis Hebdo | Depuis des années, c’est à la même chanson que l’on nous convie, lorsque tombe le rideau sur les festivals d’été. Une chanson où l’on nous promet que les grands festivals, Carthage et Hammamet notamment, feront l’objet d’une évaluation profonde et rigoureuse, en vue d’une transformation totale et d’une restructuration en règle.

Mais passent les années et passent les sessions de ces deux festivals, sans que l’on ne voie rien venir. Et c’est, de nouveau, le règne de l’improvisation et de la programmation de dernière minute, avec les mêmes plaintes sur les bouches des directeurs des festivals.

Le budget limité, l’absence d’une structure technico-administrative, la nomination du directeur à quelques mois seulement de la date d’ouverture du festival, l’absence de continuité entre les sessions dans les cas de changement de directeur, outre, bien sûr, le casse-tête de la programmation et les problèmes d’organisation, de communication, de sponsoring…

Le soufflement… Ronron !

Des problèmes qui se répètent, sans qu’on leur trouve des solutions durables et d’ordre structurel. Résultat : les festivals de Carthage et de Hammamet stagnent depuis des années , perdant de leur éclat et de leur fraîcheur.

Cet essoufflement, on le voit nettement au niveau de la programmation, où l’effort de rechercher est devenu rare, faisant de « Carthage » et de « Hammamet » des modèles de platitude et de recommencement éternel, avec les mêmes noms qui reviennent périodiquement , tant qu’ ils garantissent le « plein de public ».

Mais il ne faut pas attribuer ce ronron à la seule variable financière. Non, il y a aussi, de la part de l’équipe organisatrice, un manque flagrant d’effort quant à la prospection du « marché du spectacle », en vue de proposer au public tunisien de nouveaux visages, de nouvelles voix, de nouvelles expériences.

Car sans cet effort, il n’y aurait à Carthage et Hammamet que les « coqueluches » des imprésarios, qu’ils essaient d’imposer à tous les coups, ou bien les dépositaires de projets dont les dossiers trouvent approbation auprès des organisateurs, alors que les scènes arabes et internationales, ainsi que les chaînes de télévisions peuvent, avec l’effort nécessaire de suivi et de documentation de la part des responsables des festivals, fournir idées de spectacles qui sortent des sentiers battus et soient, en même temps, capables d’assurer le gain financier escompté par les organisateurs.

Sans cet effort de recherche, « Carthage » par exemple, continuerait à tourner éternellement avec les mêmes noms, ce qui n’est pas une marque de gloire pour un festival que l’on prétend important sur les scènes arabe et internationale.

Problèmes structurels

Mais la question de la programmation n’est que la partie apparente de l’iceberg, elle serait facilement résolue si les problèmes structurels venaient à être dépassés. En effet, les festivals de Carthage et de Hammamet souffrent, en toute clarté, de la faiblesse chronique de la structure technico-artistico-administrative qui devrait les soutenir et assurer la continuité de leur travail.

Des festivals, qui se veulent internationaux, ne peuvent pas se laisser aller à l’amateurisme au niveau de leurs tâches artistiques, comme au niveau de la gestion administrative et financière, mais aussi sur les plans de la documentation, de la communication ou du sponsoring.

Et ce n’est parce qu’un festival ne dure que cinq ou six semaines, qu’il faut penser qu’il n’aurait pas besoin d’une forte structure multidimensionnelle qui travaillerait vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans le cadre d’un statut juridique qui collerait avec sa mission et la nature de son activité, et lui laisserait les mains libres en matière de recherche des ressources financières (sponsoring, mécénat…) qui viendraient renforcer la contribution de l’Etat au financement des festivals.

Y a-t-il un pilote ?

Ce n’est qu’au prix d’une telle restructuration que les festivals de Carthage et de Hammamet pourraient faire le saut qualitatif qui les sauverait du marasme où ils se confinent de jour en jour. Le moment des grands et des véritables choix est arrivé, mais y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Adel LAHMAR

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