Mohamed Ali Mankai : « Il faut régler, une fois pour toute, le dossier du bassin minier »

mohamed ali mankaiTunis Hebdo | Mohamed Ali Mankai, directeur exécutif d’Afek Tounès, revient sur l’initiative du président de la République, Béji Caïd Essebsi, de former un gouvernement d’union nationale.

De quel œil voyez-vous cette initiative ?

Tout d’abord, il convient de souligner que nous avons entendu parler de cette initiative, comme tout le monde, à la télé, lors de l’interview télévisée du président de la République. En effet, bien que nous soyons au cercle du pouvoir, personne ne nous en a parlé auparavant.

Sinon, ce qui nous importe, à Afek Tounès, ce n’est pas le changement du gouvernement en soi, mais plutôt la mise en place d’un programme, d’un plan d’action consensuel, pour bien redémarrer. Le gouvernement actuel n’a pas été mis en place sur de bonnes bases. Il est temps de rectifier le tir, donc. D’ailleurs, c’est que nous demandions depuis un certain temps déjà.

Est-ce que vous vous voyez dans un gouvernement d’union nationale ?

Qu’on soit représentés dans ce nouveau gouvernement ou pas, le plus important pour nous reste – je le répète – la mise en place d’un programme. Un programme, qui serait inspiré du plan quinquennal (2016-2020), et qui fixerait les priorités de la prochaine période.

Justement, quelles sont les priorités de la prochaine étape ?

Les priorités demeurent la réforme du système financier, la réforme de la Caisse de compensation, celle de la fonction publique et des trois banques publiques, la réforme administrative et le développement de l’administration électronique, et ce, afin de booster l’investissement. Il faut régler aussi, une fois pour toute, – et cela nécessite beaucoup de courage – le dossier du bassin minier, car ce dernier nous fait perdre beaucoup d’argent au lieu d’en gagner.

Est-ce vraiment raisonnable de changer de gouvernement après seulement un an et quatre mois de sa mise en place ?

Si le changement du gouvernement vise à appliquer un programme autour duquel il y a un consensus national, alors faisons-le.

Mais le changement de gouvernement risque de faire entrer le pays dans une phase d’instabilité…

Arrêtons de nous focaliser sur les points négatifs. Chaque décision a des conséquences positives et d’autres négatives. On ne peut pas rester, non plus, les bras croisés face à la situation actuelle. Il faut, à un certain moment, agir et prendre des décisions courageuses.

Sinon, pour ce qui de la stabilité politique, elle sera assurée par la continuité du Parlement et la présidence de la République. Ce sont deux facteurs de stabilité, en cas de changement de gouvernement.

Estimez-vous que le gouvernement Essid ait échoué ?

Je n’aime pas trop utiliser ce genre de lexique (échec, faillite, etc.). Je dirais plutôt que les choses ne sont pas allées comme nous le souhaitions. La méthodologie était fausse dès le départ. Il fallait définir un programme avant de mettre en place un gouvernement, surtout dans une situation difficile comme celle de la Tunisie actuellement.

Une situation engendrée par les changements politiques, sociaux et économiques qu’a connus le pays durant ces cinq dernières années. Sans oublier, bien sûr, la perte du marché libyen – à cause de la guerre civile dans ce pays -, et la détérioration du tourisme – une des locomotives de l’économie tunisienne -, qui n’ont fait que dégrader la situation.

Mais lors de votre campagne électorale, vous étiez déjà au courant de la situation actuelle et vous avez promis d’y remédier…

S’il vous plait, arrêtons ce genre de surenchères. Arrêtons de nous renvoyer la balle les uns aux autres. Le peuple tunisien a, en effet, donné sa voix a des partis bien définis. C’est à ces partis-là de trouver des solutions aux problèmes. Cela n’est pas facile, certes. Mais nous sommes en train de travailler dur pour y arriver.

En attendant la position officielle de l’UTICA concernant sa participation – ou pas – dans un éventuel gouvernement d’union nationale, l’UGTT, elle, a déclaré, qu’elle appuyait cette initiative, mais qu’elle n’y participerait pas. Comment évaluez-vous cette position ?

Personnellement, j’estime que la décision de l’UGTT est raisonnable. Après tout, ce n’est pas le rôle de l’UGTT (ni de l’UTICA, d’ailleurs) de gouverner. Cependant, l’UGTT, tout comme les autres acteurs sociaux, a le droit de participer à l’élaboration des priorités et des grandes lignes de la prochaine étape, pour accorder son soutien au gouvernement.

Plusieurs noms sont déjà annoncés pour succéder à Habib Essid à la tête du gouvernement, parmi lesquels Néji Jalloul, Slim Chaker, Youssef Chahed, etc. Lequel parmi ces candidats, ou autres, pourrait bénéficier de votre soutien ?

On va attendre, d’abord, l’issue de la rencontre entre le président de la République et le chef du gouvernement. Si cette rencontre confirme le départ d’Habib Essid, on pourra alors parler des noms de ses éventuels successeurs.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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