Dépassements policiers

jcc5Jeudi 26 novembre. Il est 15h. Slim fait la queue devant le Colisée pour regarder le film marocain « Much Loved ». Il a eu une invitation offerte par une amie, actrice marocaine, invitée officiellement aux JCC.

A 15h50, il arrive enfin à l’entrée et présente son invitation. On lui dit que sans badge, même avec une invitation, il n’est pas possible d’entrer. Il explique alors à l’agent de sécurité que c’est l’amie qui lui a donné l’invitation qui a le badge et qu’elle ne devrait pas tarder. Il propose de l’appeler et d’attendre qu’elle arrive.

Un policier en civil apparemment irrité par le temps que met Slim à discuter arrive soudain sur lui, le pousse brutalement et commence à l’insulter. Slim essaie de rester calme et demande à l’agent de ne pas l’insulter. Après tout, il n’a rien fait de mal et il est en possession d’un ticket qui lui donne le droit d’être là.

Un autre policier arrive, le pousse aussi puis se met soudain à crier « il a bu, il est soul, il faut l’emmener au poste ». Et c’est le commencement des ennuis.

Slim, contacté par Webdo, raconte:

« Subitement, je me retrouve encerclé par 5 autres agents. On me tord les bras, on me tire par mes vêtements. Ils essaient de me mettre à terre mais je résiste. Je reçois un coup de poing. Mes lunettes tombent, je saigne. Cela coule dans mes yeux et je ne vois plus rien ».

Il est embarqué et emmené au poste. Il demande à passer un coup de fil, on le lui refuse et on lui confisque téléphone portable, lunettes et carte d’identité.

Il est frappé, insulté, menacé. Son visage est en sang. Il continue à insister et à demander à appeler ses parents, encore et encore. Le policier avec qui il est en a tellement marre qu’au bout d’un moment il lui propose de signer un papier et de s’en aller par la suite.

Slim demande à lire avant de signer. Le policier refuse. Il prétend que Slim n’y comprendra rien de toute manière. Slim insiste même s’il sait que sans lunettes, il ne pourra pas déchiffrer un mot. Le policier s’énerve et l’insulte à nouveau.

Slim entend d’autres agents dans le bureau d’à côté qui parlent de lui coller 2 chefs d’accusation, état d’ébriété et agression d’un policier. Il panique et a peur qu’on le garde, qu’on l’envoie directement en prison.

Il signe sans savoir ce qu’il signe et est libéré. On lui notifie que la prochaine fois, ce sera la prison. Pourquoi? Il n’en a aucune idée. Il veut juste partir au plus vite avant qu’ils ne changent d’avis. Il quitte le poste la peur au ventre et une boule dans la gorge. Il ne comprend pas ce qui lui est arrivé. Il ne comprend pas cette violence gratuite.

« L’attentat contre le bus 2 jours plus tôt m’avait bouleversé mais ne m’avait pas brisé.  L’arrestation aléatoire, gratuite et violente d’aujourd’hui, si. On ma violé ma citoyenneté. Je n’ai plus l’impression d’appartenir à un pays »

Quand il était au poste, Slim a essayé de parler aux policiers, de comprendre. Il leur a dit qu’eux et lui étaient pareils, des citoyens tunisiens.

« On m’a répondu d’une façon haineuse que je n’étais pas comme eux, que je faisais partie des gens pour qui rien n’était assez bien »

Il a fait établir un certificat médical qui prouve la présence de brutalités et prend le temps de réfléchir pour savoir s’il va porter plainte ou pas.

Pour le moment, il est traumatisé et s’est juré de ne plus jamais aller au centre-ville.

S.B

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