Palmyre martyre, tombeau de la modernité arabe

Palmyre

Terrible de penser que ce qui survient aujourd’hui à Palmyre pourrait un jour se produire à Dougga, Sbeitla ou El Djem…

Cette terreur qui passe par la destruction du patrimoine antique, assimilé à un culte des idoles, ne date pas d’hier. Souvenez-vous des Bouddhas de Bamian, dernière en date de ces déprédations de la mémoire universelle de laquelle veulent s’abstraire des musulmans fanatisés qui portent eux la mort et l’oubli…

La terre brûlée et les marabouts

Souvenez-vous aussi, plus près de nous, des assauts répétés des groupuscules islamistes contre les mausolées des marabouts en Tunisie.

Cette campagne de terreur avait généré des centaines d’incendies de saints vénérés par la population mais dont le « culte » est récusé par les intégristes.

Il semble que nous ayons oublié ce préambule, ce prélude aux assauts jihadistes contre notre pays…
Comment vivons-nous les destructions barbares contre les monuments de Palmyre ? Dans une relative indifférence ? Dans un silence complice ? Dans une sorte de réflexe munichois qui nous empêche de réagir ?

Le tombeau dynamité de nos illusions perdues

La barbarie est une et indivisible. Elle nous guette comme une bête redoutable et, presque toujours, nous n’avons réagi que lorsque des coups terribles nous ont été infligés.

Pourtant, ce qui se passe en Libye ou en Syrie nous concerne, taraude notre modernité, substitue à notre modus vivendi des lois du talion.

Palmyre est à ce titre devenue le symbole de la destruction de la modernité dans les pays arabes, le tombeau dynamité de beaucoup de nos illusions perdues.

Palmyre est aussi un appel à un retour de la barbarie, celle qui prétendant éliminer les traces antérieures se coupe du passé et des racines.

Destructions névrotiques et gestes immémoriaux

Ces destructions névrotiques, presque malgré moi, ramènent à ma mémoire l’image des Foutouhat, lorsque nos ancêtres arabes avaient démantelé tous les symboles romains et byzantins pour construire avec leurs pierres les villes où nous vivons aujourd’hui…

Parfois, devant une statue sans tête, croisée dans un quelconque musée, je reste perplexe: celui qui l’a décapitée, cette statue, pensait-il faire progresser sa cause en détruisant une idole ? Et, treize siècles plus tard, les jihadistes ne sont-ils pas en train de refaire, encore et toujours, le même geste ?

Palmyre martyre, Palmyre explosée, Palmyre de toutes nos défaites : là-bas, dans les ruines fumantes des temples meurt un peu de nous…

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