Tunisie : Les défis de la rentrée !

BCE - Essid - Ennaceur - Abassi - Bouchamaoui

L’été tire à sa fin et la rentrée politique est là avec tous les défis qui attendent les pouvoirs publics, le gouvernement, l’Assemblée de Représentants du Peuple ou le Président de la République. Elle s’annonce plutôt chaude, certains acteurs semblant préparer le terrain à diverses actions de nature à faire perdurer le marasme actuel.

Le Président de la République semble pressentir les menaces et les dangers qui guettent la stabilité sociale et politique du pays en réunissant au début de la semaine écoulée ceux qui ont été les principaux acteurs du dialogue national auxquels se sont ajouté le chef du gouvernement et le Président de l’ARP. Il paraît que l’idée d’une sorte de trêve sociale fait actuellement son chemin en contrepartie d’une véritable prise en mains des choses par les différents acteurs de leurs adhérents et de leurs institutions.

En effet, et si le gouvernement est appelé à montrer de la rigueur et du sérieux, à restaurer sa crédibilité et à réinstaurer la confiance des citoyens ; la direction de l’UGTT est appelée à maîtriser les tentations extrêmes de ses principaux syndicats échaudés par le climat régnant entre eux et leurs interlocuteurs au sein du gouvernement alors que les dirigeants de l’UTICA sont invités à convaincre leurs collègues d’accorder des revalorisations salariales des employés du secteur privé et de contribuer à une véritable relance des investissements, et donc de l’activité économique.

Malgré cette démarche qui cherche l’apaisement de la situation, les choses ne paraissent pas évoluer dans un sens positif et des conflits, qui pourraient être assez durs, se profilent à l’horizon. Il faut dire que les acteurs concernés font dans la surenchère et n’hésitent pas à faire miroiter le spectre du chaos à ceux qui ne se plieraient pas à leur volonté.

Deux grands chantiers doivent être affrontés avec le maximum de dextérité pour être surmontés sans dégâts dans un pays qui souffre depuis le 14 janvier 2011 d’un cruel manque de savoir-faire au niveau de sa gouvernance et de l’absence d’une vision stratégique claire. Il s’agit de la rentrée sociale et de la réconciliation économique. A cela on doit ajouter un aspect qui semble à notre humble avis tout aussi primordial, à savoir la préparation du futur plan de développement 2016-2020 dont les négociations ont déjà démarré dans les régions.

La rentrée sociale promet d’être plutôt mouvementée dans la mesure où certains syndicats de la fonction publique, notamment ceux de l’enseignement, profèrent des menaces sérieuses se rapportant notamment à la prochaine rentrée scolaire. En annonçant une grève de deux jours dès le lendemain de la rentrée scolaire, les 17 et 18 septembre, les instituteurs lancent le premier défi au gouvernement.

Comment ce dernier gérera-t-il ce nouveau conflit ? Est-il en mesure de trouver un modus vivendi avec leur syndicat ou bien allons-nous vers un bras de fer qui pourrait avoir des conséquences incalculables sur l’ensemble de la société et sur sa stabilité ? Quelle sera la réaction de parents échaudés par la crainte pour l’avenir de leurs enfants ? Les syndicats de l’enseignement ne sont pas les seuls à manifester leur grogne puisque le syndicat de la santé promet lui aussi une dure action pour la rentrée !

Sur ce plan, il nous semble que la direction générale de l’UGTT doit assumer ses responsabilités historiques tout comme le gouvernement qui doivent se réunir autour d’une table, poser les problèmes de manière claire et trouver ensemble les solutions adéquates en fonction des moyens réels du pays. Une autre démarche mènerait à un véritable hara-kiri dont le pays n’a pas besoin dans un contexte encore plein de menaces terroristes notamment !

La réconciliation économique fait elle aussi l’objet d’une véritable surenchère de la part d’acteurs, venant parfois d’horizons divers, mais qui se retrouvent unis par cette aversion pour la loi concernée. Ainsi on pourrait retrouver dans le même « bateau », le Front populaire, le CPR, l’IVD, l’observatoire de la Magistrature (?) et les « extrémistes » de tous bords pour mener une croisade contre ce qu’ils considèrent comme un reniement des « valeurs de la Révolution » !

Il faut simplement croire que ce texte a de fortes chances de passer au sein de l’ARP même si comme à leur habitude les islamistes d’Ennahdha attendent le dernier moment pour se prononcer sur leur soutien ou leur refus à l’approbation de cette loi. Sue ce plan, les discussions et l’adoption de cette loi constituent une excellente opportunité pour que l’opposition puisse faire l’apprentissage de son véritable rôle.

L’opposition n’est pas la violence dans le discours ou dans les manifestations de rue qui peuvent dégénérer mais dans un débat transparent et populaire qui ne peut pas nécessairement aboutir à inverser la tendance. Au moins, l’opposition aura-t-elle eu le mérite d’en relever les incohérences, les insuffisances ou les tares s’il y en a !

Enfin, le dernier et véritable chantier qui attend le gouvernement est celui lié à la préparation du plan de développement pour le quinquennat 2016-2020 qui a démarré dans les régions. Les réunions autour des élus et des responsables régionaux ont donc débuté pour identifier les besoins et les opportunités dans chaque gouvernorat. Sur ce plan, et outre la nécessité et les avantages que l’on pourrait tirer de la contribution de la société civile aux débats, il convient de le faire avec toute la rigueur et la compétence nécessaires.

Or, ce n’est pas toujours le cas, et certains présidents de ces réunions, et malgré leur statut de représentant de leur région, ignorent tout, ou presque, de la réalité qui les entourent ! De plus, il convient de faire en sorte d’éviter la mainmise des bureaucrates sur l’élaboration de ces stratégies de développement, ces derniers étant amenés à entreprendre parfois des «raccourcis» pour trouver des solutions qui n’apporteront, en définitive, aucune réelle plus-value pour le pays.

Or, aujourd’hui, le but recherché est de voir les gouvernants entamer une véritable refonte des fondements de leur action afin de mettre le pays sur une voie plus sereine, pleine d’optimisme. Reste que la question principale qui demeure posée est la suivante : en sont-ils capables ???

L.L

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