Rêverie devant le port de Mahdia

mahdiaPour Livia Santonoccito Rapatel

Il est une émotion particulière qui m’étreint à chaque fois que je visite le port de Mahdia. Non pas le port moderne, celui des pêcheurs de sardines et de lambouka. Mais un autre port, celui des Fatimides, dont les ruines s’éparpillent dans la mer.

Une longue filiation commencée avec les Fatimides

Ces anciens bassins du dixième siècle, ceux d’Al Mahdia, la cité aux deux croissants, sont aujourd’hui occupés par des pêcheurs aux barques multicolores.

La vie, comme aux ports puniques de Carthage, jaillit au coeur de l’histoire. Ce qui n’est en principe que lieu de mémoire est aussi espace de vie.

Et puis, ces barques de pêcheurs ne sont-elles pas l’héritage des Siciliens qui firent de Mahdia le port de la sardine ?

Ces pêcheurs ne sont-ils pas les héritiers d’une longue filiation commencée avec les Fatimides et poursuivie par les Ottomans du seizième siècle qui peuplèrent la ville d’Anatoliens, d’Albanais, de Grecs, de Levantins et d’Andalous ?

La mer vient lécher les tombes du cimetière marin

La masse imposante de Borj el Kebir, la forteresse ottomane, domine ce vieux port où la noria des barques semble conjurer le temps.

Éberluée, la citadelle a l’air de s’interroger sur le sens de l’histoire.

À Mahdia, le port fatimide est toujours là. On devine la voûte qui en contrôlait l’entrée. On pressent les galères et les petits vaisseaux qui, il y a plus de dix siècles, occupaient la place des barques de pêcheurs.

Bien réel, mais puissante métaphore en ce lieu où se télescopent les époques historiques, le cimetière marin de Mahdia descend jusqu’à la mer toujours recommencée.

Par gros temps, les vagues du Cap Africa viennent lécher les tombes, symboles d’une éternité repassée à la chaux.

La vie, la mort, l’histoire, le présent pluriel se croisent en ces lieux auréolés de mystère et de beauté…

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