Tunisie – Etats-Unis, un acquis à conforter

BCE-Obama - Presidence RepubliqueLa visite du Président Béji Caid Essebsi aux Etats-Unis a été une nouvelle occasion pour les Américains de réitérer leur soutien à la Tunisie et permettre à notre pays de faire aboutir son expérience unique dans le monde arabe suite au fameux « printemps » qui a bouleversé cette région stratégique sur tous les plans, ce « printemps » suscité et minutieusement préparé depuis de nombreuses années par ces mêmes Américains.

Le séjour de Béji Caid Essebsi lui a permis tout d’abord de rencontrer les premiers responsables, le président Obama, son vice-président, le secrétaire d’Etat des affaires étrangères, mais aussi un parterre d’investisseurs potentiels, avec à leur tête la secrétaire d’Etat au Commerce Penny Pritzker, venus prendre des nouvelles sur la situation prévalant dans notre pays. Ensuite, il a permis la signature d’un mémorandum qui a couvert plusieurs domaines notamment sécuritaire, militaire, scientifique, économique et financier.

Autrement dit, la visite semble avoir atteint ses objectifs dans la mesure où elle devrait servir au raffermissement des relations entre les deux pays, et surtout permettre à la Tunisie de bénéficier d’un soutien inconditionnel des Américains notamment sur le double plan militaire et sécuritaire afin de donner les moyens à notre pays de lutter efficacement contre le terrorisme.

D’ailleurs, le président Obama a souligné que la Tunisie devrait obtenir le statut de partenaire privilégié, un allié majeur non-membre de l’OTAN, un privilège dont jouissent déjà une quinzaine de pays à l’instar du Maroc, de l’Egypte, du Bahreïn et autres, et permettant à ces pays d’avoir accès à une coopération militaire renforcée avec les Etats-Unis particulièrement dans le développement et l’achat d’armements. A ce sujet, une réunion de la commission militaire conjointe est prévue dans la capitale américaine au courant de cette semaine.

Tout cela pour dire que les rapports tuniso-américains semblent au beau fixe. Il n’en reste pas moins que ce soutien américain devrait être plus consistant sur le plan économique pour aider réellement la Tunisie à se relancer.

En effet, et indépendamment de la position américaine favorable à la transition politique en Tunisie qu’elle qualifie d’exemplaire et de la plus jeune démocratie arabe comme le souhaitent les Américains c’est-à-dire unissant laïcs et islamistes, lisez Nidaa Tounes et Ennahdha, et qui prouverait que la démocratie et l’Islam ne sont pas incompatibles et pourraient prospérer ensemble, on peut constater que l’aide économique américaine demeure fort modeste malgré l’engagement d’Obama de la développer dans le futur.

A ce titre, l’engagement du vice-président, Joe Biden, d’être le « porte-parole » de la Tunisie auprès de l’administration de son pays pour plaider les attentes tunisiennes en la matière est intéressant mais insuffisant.

Car si les Etats-Unis souhaitent voir réussir le « modèle » tunisien, il serait plus cohérent que la plus grande puissance mondiale prévoit une sorte de « plan Marshall » pour donner à la Tunisie les moyens de reconstruire son économie et de trouver des issues à la profonde crise sociale qui la secoue.

Or, et en même temps, le Fonds Monétaire Internationale et la Banque Mondiale accordent à la Tunisie un délai allant jusqu’au mois de décembre prochain pour restructurer son économie et appliquer les réformes et les engagements pris dans le cadre de l’accord conclu entre les deux parties.

Lorsqu’on connait la teneur de ces réformes « structurelles », qui se résument le plus souvent à une privatisation à outrance, à lâcher les services publics, à libéraliser les activités économiques et à réduire les interventions sociales, autrement dit un désengagement accru de l’Etat, on ne peut que s’inquiéter quant à l’avenir du pays.

C’est justement à ce niveau que les Etats-Unis sont amenés non pas à nous imposer des solutions irrationnelles et pouvant conduire le pays au chaos social et politique, mais à nous accorder les moyens de concrétiser des solutions adaptées à la réalité tunisienne.

Aujourd’hui, et si les Américains souhaitent préserver et « vendre » le « modèle » tunisien, ils devraient accorder un soutien matériel plus soutenu et autrement plus important à la Tunisie que quelques centaines de millions de dollars qui n’auront qu’un impact très limité sur ses réalités économiques et financières. Dans le cas contraire, les promesses et les « engagements » ne serviraient à rien !

L.L.

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