M’hamed Ben Sassi nous quitte : Le grand blond avec de l’humour noir

Par Imed Ben Hamida

Mhamed Ben Sassi
M’hamed Ben Sassi

M’hamed Ben Sassi nous a quittés [vendredi 8 mai]. Dur de s’accoutumer à l’idée qu’il ne sera plus là pour secouer le bric-à-brac des idées reçues empilées dans nos esprits.

Dur d’admettre que ce grand blond avec son inépuisable humour noir ne sera, désormais que dans nos cœurs et nos souvenirs et qu’il ne viendra plus narguer nos préjugés basiques et les convictions dans lesquelles nous nous sommes confortablement installés, avec ce don unique qu’il avait de voir les choses sous des angles si perspicaces qu’il chamboule tout ce que vous pensiez être le bon sens et la logique.

J’ai connu M’hamed Ben Sassi. Nous partagions le même frère et ami : Lotfi. M’hamed était agitateur, depuis l’enfance, l’adolescence, la jeunesse. Agitateur d’idées, non de carcasses mal pensantes et apathiques.

Du temps où il était étudiant en droit, alors que les tribuns de tout acabit se relayaient sur la « pierre de Socrate » pour haranguer les masses estudiantines aveuglées, lui s’amusait à décortiquer les impostures, à ramener les choses dans leur vrai contexte.

C’est qu’il était atypique. Derrière ces atours de cadre de banque BCBG, qui se rasait de près tous les matins, nouait sa cravate et s’acquittait de ses devoirs de bon père de famille, il y avait un rebelle qui ne s’identifiait à aucun de ces cénacles de l’intelligentsia où on s’évertue à réfléchir tous pareils en enfilant le pare-balles qui prémunit contre toute idée nouvelle ou opinion différente.

Et si, pour paraphraser Jacques Berroyer, le con est celui qui s’obstine à penser comme les autres au lieu de trouver sa propre manière de penser, M’hamed Ben Sassi avait de quoi nous faire des pieds-de-nez à tous, parce qu’il agaçait plus d’un par la pertinence de ses approches aussi bien dans le domaine du droit, de la politique, de l’économie et du social.

Il agaçait parce que le gros des bipèdes qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas ont horreur de tomber sur plus intelligents qu’eux. C’est pour cela qu’il dérangeait, aussi bien dans son boulot qu’ailleurs. Il était, justement, d’une intelligence singulière.

Il avait une présence d’esprit, un sens de la répartie peu communs dans une société de plus en plus standardisée. Rien qu’avec une boutade, une vanne, une contrepèterie, et parfois du cynisme, il était capable de tout remettre en question.

Depuis gamin, d’ailleurs, il ne faisait pas partie du troupeau, et même s’il s’y encastrait, de temps à autre, c’était plus par subversion que par résignation passagère. C’est donc loin des sentiers battus qu’il s’était forgé une extraordinaire culture. C’était un érudit. Un juriste hors-pair, comme je n’en ai presque pas connu et qui aurait fait le bonheur de centaines d’avoués s’il avait endossé la robe de l’avocat.

Et puis, c’était un journaliste pas comme les autres, prolixe, doué d’un sens de l’analyse percutant, il nous surprenait toujours, aussi bien sur les colonnes de Tunis-hebdo où il a collaboré un certain temps que, plus tard, sur Webdo.

Il nous surprenait par la manière avec laquelle il traitait les sujets d’actualité brûlante jusqu’à faire du fait le plus anodin un scoop rien qu’en trouvant la véritable problématique derrière chaque événement.

C’est comme ça qu’il était M’hamed, imprévisible, un brin plaisantin mais d’une sagacité d’esprit stupéfiante.

Tu nous manqueras.

Que son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs, mon pote Lotfi, ses collègues, et ses amis reçoivent, ici, l’expression de nos condoléances les plus sincères. Puisse Dieu le Tout-Puissant accueillir le défunt dans Son Infinie Miséricorde.

Commentaires:

Commentez...