Tunisie : Le cri de coeur d’une enseignante face à la déchéance de son métier

Ecole

TRIBUNE |

Finie l’époque où l’année s’achève sur le rythme de la chanson »Adieu monsieur le professeur » [Adieu monsieur le professeur on ne vous oubliera jamais, et tout au fond de notre cœur ces mots sont écrits à la craie, nous vous offrons ces quelques fleurs pour dire combien on vous aimait, on ne vous oubliera jamais…] Paroles si touchantes si émouvantes que beaucoup d’élèves chantent d’une voix étranglée par l’émotion et que beaucoup d’enseignants baissent la tête pour pleurer .

Ces adieux qui étaient de notre époque forts en émotion, en nostalgie et en gratitude envers ces hommes et ces femmes qui nous ont appris à lire, à écrire, à compter et à comprendre ne reviendront, hélas, plus jamais, car l’enseignant a beaucoup perdu de son image.

On lui manque de respect, on s’en prend à lui sans retenue de la part des grands et des petits. Il est devenu la risée de ses élèves, qui le montrent du doigt en chantonnant « dinar,dinar,ya ostedh aamelt elaar« (« Dinar, dinar, le professeur fait honte. »). Oui, l’enseignant est devenu le « fou du village », son allure en témoigne…

En fait, le salaire de l’enseignant ne lui permet plus d’entretenir son image de marque. Il est tellement dérisoire qu’il ne peut lui assurer une vie digne (sans emprunts ni crédits).

De ce fait, beaucoup d’enseignants ont recours aux cours particuliers pour pouvoir couvrir leurs dettes. Mille et une histoires racontées à ce sujet ont présenté les enseignants comme « des suceurs de sang ». La fabulation, la machination et la provocation ont tellement bien fonctionné qu’on s’est mis à agresser les enseignants…

Il est évident que personne ne veut reconnaître qu’un enseignant consacre tout son temps, tout au long de sa vie d’enseignant à chercher un enseignement qui intéresse ses élèves, qui développe leur intelligence, qui les forme et les éduque et qui finalement leur permet d’acquérir une formation de l’esprit et une formation morale qui leur serviront dans leur vie d’adultes.

Monter les élèves contre leurs enseignants c’est faire de leur vie, qui était longtemps à l’abri des pressions et des chocs,une singerie approximative de la vie des adultes dont souffre profondément notre société.

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