Rony Brauman à Tunis : « Il faut être attentif à l’usage politique du mot humanitaire »

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Rony Brauman. Crédit : Caroline Malczuk / Webdo

Tunis | Rony Brauman, ancien président de l’organisation non gouvernementale Médecins sans Frontières et actuel directeur de recherches à la fondation Médecins sans Frontières, donnait, ce mercredi 21 janvier, une conférence sur le terme « humanitaire » à l’ENA à Tunis . Il était invité par l’Institut français.

L’intervention humanitaire : « armée » en anglais, « pacifique » en français

Lors de son argumentation, il a rappelé l’origine de l’action humanitaire,  née en 1853, avec la création de la Croix Rouge. Des médecins, officiers de l’administration coloniale, aidaient les blessés sur le champ de bataille. Mais très vite, il a interpellé le public sur ambiguïté actuelle du terme.

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« Aujourd’hui, une intervention humanitaire, en anglais, est une intervention armée. Alors qu’en français, elle est une action pacifique. »

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Rony Brauman a fait part aussi de ses inquiétudes quant à l’expansion du pouvoir de l’État islamique et les dérives de la guerre du terrorisme en France, qu’il illustre avec ce qu’il appelle la « loi des suspects ».

Une aide humanitaire est une « assistance matérielle et logistique en réponse à des crises humanitaires ou des catastrophes naturelles ». Sur wikipedia, par exemple, il est intéressant de voir l’illustration de cette aide par un convoi armé amené par des soldats de l’OTAN en Albanie, en 2000, afin d’aider les réfugiés de la guerre du Kosovo.

« Aide humanitaire » en Albanie, en 2000.

 

Par ailleurs, en France, ce sont bien les associations et les organisations non gouvernementales – telles que Médecins sans frontières, Action contre la Faim, UNICEF – qui sont avant tout mises en avant lorsqu’on parle d’aide humanitaire.

Etre attentif à l’usage politique du mot humanitaire

Prenant l’exemple de l’opération « Restaurer l’espoir » menée en Somalie en 1992-1993 par l’armée américaine sous l’égide de l’ONU pour pacifier le pays en proie à la famine et à la guerre civile ; de l’intervention armée de l’OTAN au Kosovo en 1999 suite au massacre de civils par les serbes à Racak ; et de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine contre Saddam Hussein sous le nom « Opération de libération de l’Irak », M. Brauman a tenté d’expliquer le concept de « guerre humanitaire ».

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« Famine, oppression, droits humains. Une rhétorique propagandiste a été utilisée pour justifier une intervention armée dans ces pays. Il faut être attentif à l’usage politique du mot humanitaire. Bien que j’encourage à s’engager dans cette forme d’action dans l’éducation, dans la santé…»

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Il souligne de plus que toutes ces opérations de pacification se solderont par des échecs cuisants des forces internationales ou des Etats-Unis.

L’humanitaire, une « intention désintéressée »

Alors comment définir une action humanitaire, au regard de ce que fait chaque jour associations et organisations non gouvernementales ? Rony Brauman donne sa réponse :

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« Une intention désintéressée envers des personnes étrangères, qui n’ont pas de relations directes avec nous, afin de soulager leur sort, soulager leur souffrance. De manière concrète en s’alimentant, s’abritant, se faisant soigner. Et plus abstraite, en donnant accès à l’éducation aux enfants. »

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De longs échanges avec le public

A sa démonstration, ont suivi des échanges longs et riches avec étudiants, professeurs, ou représentants de la société civile venus assister à la conférence. Sur la manière de continuer de protéger l’action humanitaire, l’ingérence, le terrorisme, le pouvoir des médias.

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Amphithéâtre de l’Ecole nationale d’administration de Tunis (ENA). Crédit : Caroline Malczuk / Webdo

Rencontré à la fin de la conférence, Rony Brauman a exprimé sa satisfaction quant à ces échanges.

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« Dans le contexte politique tunisien, cela m’intéressait de venir. J’ai apprécié le côté très intéressé intellectuellement, l’envie d’en savoir plus. C’est plus intéressant de partager des questions que d’asséner des réponses. »

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Caroline MALCZUK.

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