Le blogueur Yassine Ayari maintenu en détention par le tribunal militaire

"Réveille-toi. Aujourd'hui c'est Yassine ... Demain ça sera toi" 6Janvier 2015. Tribunal militaire Tunis Lilia Weslaty | WEBDO.tn
« Réveille-toi. Aujourd’hui c’est Yassine … Demain ça sera toi »
6 Janvier 2015. Tribunal militaire Tunis
Lilia Weslaty | WEBDO.tn

[dropcap]C[/dropcap]ondamné par contumace à trois ans de prison ferme par le Tribunal militaire de Tunis, le blogueur Yassine Ayari, a comparu, ce mardi 6 janvier, devant le juge militaire lors d’une audience, suite à l’opposition du jugement par ses avocats.

Alors que le ministère public a demandé un mandat de dépôt contre Yassine Ayari, les avocats ont demandé la libération du prévenu.  

A l’issue de l’audience, M. Ayari a été maintenu en détention. Il sera interrogé par le juge le 12 janvier et la prochaine audience aura lieu le 20 janvier 2015.

Un civil jugé par le tribunal militaire

Pendant que les manifestants revendiquaient dehors la libération de Yassine Ayari, dans la salle du tribunal, se trouvaient une vingtaine d’avocats venus le défendre, notamment Charfeddine Kellil et Seifeddine Ben Makhlouf.

Ces derniers ont demandé la libération de Yassine Ayari. Ils ont rappelé son statut de « civil » et  blogueur, faisant appel au décret-loi 115.

Après un plaidoyer qui a duré trois heures, les juges se sont retirés pour délibérer. Une demi-heure plus-tard, les magistrats ont émis un mandat de dépôt à l’encontre de Yassine Ayari. Il sera interrogé le 12 janvier et la prochaine audience aura lieu le 20 janvier 2015.

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« Pourquoi, pourquoi ? », s’est exclamée la mère de Yassine, présente dans la salle, suite à cette annonce. Yassine s’est tourné vers elle, les yeux grands ouverts, lui disant « garde la tête haute » pendant qu’il était reconduit par des militaires. 

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Arrestation sans convocation

Yassine Ayari a été condamné par contumace, le 18 novembre 2014, à 3 ans de prison avec emprisonnement immédiat. Il a été arrêté à son arrivée à Tunis en provenance de Paris, suite à une requête du tribunal militaire le 24 décembre.

Moutiaa Ayari. 6 Janvier 2015. Tunis Lilia Weslaty | WEBDO.tn
Moutiaa Ayari. 6 Janvier 2015. Tunis
Lilia Weslaty | WEBDO.tn

Par ailleurs, le tribunal militaire a envoyé la convocation à M. Ayari à son ancienne adresse par ailleurs, d’après Moutiaa Ayari, le frère de Yassine, la famille a déménagé suite à la mort de leur père Tahar Ayari.

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Le ministère de la Défense n’a pas contacté Yassine Ayari. Le ministère dit l’avoir fait « à sa dernière adresse connue ».  D’après eux, cette dernière adresse est au Bardo, dans la cité militaire que nous avons quitté depuis neuf ans, et même légalement, nous n’avons pas le droit d’y habiter. Notre adresse est connue, tout le monde la connait. Le ministère de la Défense nous a même contactés plusieurs fois à notre nouvelle adresse et le tribunal militaire a envoyé une convocation à chacun de nous, en tant qu’héritiers de Taher Ayari[ le colonel Taher Ayari, tué lors des affrontements survenus le 18 mai 2011 à Errouhiya au gouvernorat de Siliana], pour les indemnisations, suite à la mort de notre père, tombé en martyr,. Une convocation avec le nom, notamment celui de Yassine Ayari à son adresse à l’Aouina. Nous voyons ici leur mauvaise intention car il n’a pas été prévenu pour qu’il soit jugé par contumace et soit arrêté à son arrivé à l’aéroport.

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En effet, à son arrivé de France, le soir du 24 décembre, M. Ayari a été arrêté à l’aéroport et a été emprisonné.

Le lendemain, la direction de la magistrature militaire a publié un communiqué affirmant qu’une convocation a été envoyée « à la dernière adresse connue » de M. Yassine Ayari. Cette condamnation vient suite à :

  • Diffamation et outrage public à l’encontre d’officiers supérieurs et cadres au ministère de la Défense, insultes publiques et allégations de fausses informations
  • Propagation de rumeurs susceptibles de perturber les unités militaires et faisant croire à l’existence de graves problèmes au sein de l’institution tels que la démission de l’actuel Chef-d’Etat major de l’Armée de Terre
  • Accusation sans preuve de certains dirigeants d’abus financiers et administratifs

Suite à cette condamnation, plusieurs manifestations ont eu lieu en France et en Suisse. Ce matin, une manifestation a été organisée aussi en soutien au blogueur, dénonçant le jugement de civils par la justice militaire, et considérant que la condamnation de Yassine Ayari est « politique » et va à l’encontre de la liberté d’expression.

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