Voulez-vous dialoguer avec moi ?

Pastichant un certain ministre de la Propagande d’un certain lugubre chef nazi, j’ai envie de dire: «Dialoguez ! Dialoguez ! Il en restera toujours quelque chose».

Dialogue national (photo - Nawaat)

C’est que depuis un certain temps, on ne parle que de dialogue: dialogue national, dialogue économique, dialogue ceci, dialogue cela, et j’en passe. Alors que l’on croyait le pays irrémédiablement divisé en deux, le miracle surgit d’on ne sait où (une façon de parler, car certains en connaissent l’origine) et le dialogue fut !

«Un hiwar watani» que certains prirent pour un «himar». Mais ce n’est point grave: un âne peut toujours servir, et d’ailleurs, il est là pour ça. Finalement, le «himar» a servi à quelque chose, et le pays s’est trouvé avec un gouvernement de «technocrates».

Mais avant d’en arriver là, que de temps perdu dans des palabres interminables mais inévitables, puisque sans palabres, il n’y a point de dialogue. Alors, ça dialogue, ça dialogue, ça dialogue et ça n’arrête pas de dialoguer, jusqu’à ce qu’une solution descende du ciel (suivez mon regard !) et met d’accord tous les dialogueurs.

Aujourd’hui, on parle de dialogue économique, mais sans trop savoir de quoi on va dialoguer. Les uns pensent à améliorer les salaires du bon peuple, les autres à réviser les prix des carburants et des produits compensés. Un vrai dialogue de sourds ! Mais ce n’est pas grave, puisque, de toutes les façons, on va dialoguer. Un autre «himar» en perspective !
Mais d’où viendra la solution miracle, cette fois-ci ? Du ciel, encore une fois ?

Après le dialogue économique, ira-t-on vers un dialogue culturel ? Pourquoi pas ? Et pourquoi pas un dialogue sportif tant qu’on y est ? Cela peut toujours servir à quelque chose. Et même si cela ne sert à rien. On aura quand même dialogué et c’est le plus important !

Quant à moi, j’ai décidé de ne dialoguer qu’avec moi-même. Mais attention ! Ne croyez pas que c’est facile: il y a des moments où l’on n’est pas réconcilié avec soi-même, et la bagarre intérieure est alors plus dure, si vous ne le savez pas, qu’une querelle avec les autres. Mais là aussi, ce n’est pas grave, car on finit toujours, comme dans les dialogues entre politiciens, à trouver un terrain d’entente avec soi-même, quitte à faire des concessions douloureuses au détriment de notre amour-propre ou de certains de nos principes.

Pour vous, je vais quand même faire une exception. Vous pouvez dialoguer avec moi, mais le voulez-vous vraiment ? Car pour dialoguer, il faut être deux, n’est-ce pas ?

Adel LAHMAR

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