HARO sur «AL ATRAF» ! – Par Adel Lahmar

Opinion – Depuis un certain 14 Janvier, deux questions ne cessent de me titiller les méninges : qui sont les qannassas? Et qui sont «al atraf» (الاطراف) ?

complot

Pour la première question, je commence, heureusement, à avoir des débuts de réponses. Non, ne comprenez pas que je sais aujourd’hui qui a tué les manifestants de Thala, Kasserine et autres villes de Tunisie qui se sont soulevées à partir du 17 décembre.

Mais je sais, par contre, qui ne les a pas tués: ce ne sont point les «qannassas», et j’en suis fortement convaincu. Et si j’en suis convaincu, c’est que quelqu’un m’a convaincu ! Quoi de plus logique? Pour ne rien vous cacher, c’est un ex-premier ministre (M. Caïd Essebsi, pour ne pas le nommer) qui, avec son défi célèbre: «Que celui qui trouve un «qannas» me l’amène!», m’a finalement réconforté au sujet des «qannassas».

Car, lorsqu’un homme de la trempe d’El Bajbouj, et avec son âge et son expérience, lance au peuple un tel défi, c’est qu’il est sûr de ce qu’il avance et ne risque pas, un jour, d’être démenti par un quelconque citoyen, tirant derrière lui un «qannas» ligoté et ficelé dans les règles de l’art.

Pour la deuxième question, («qui sont al atraf?» si vous avez déjà oublié), j’ai donné ma langue au chat et j’ai bien peur de ne plus la récupérer. Et pourtant, comme disait Charles Aznavour, «al atraf» sont omniprésents dans les discours de tous les politiciens (et politiciennes), toutes tendances confondues. Il n’y a pas un monsieur (ou une dame, d’ailleurs) qui passe à la télé ou à la radio sans faire allusion, directement ou indirectement, à certains «atraf» qui combinent, magouillent, manigancent, traficotent, conspirent ou complotent pour une raison ou pour une autre (et même sans raison!).

Derrière chaque manifestation, derrière chaque sit-in, derrière chaque mouvement de protestation, il y a des «atraf» qui tirent les ficelles.

Vous voulez comprendre comment on vote à l’A.N.C.? Cherchez les «atraf» qui ont tout manipulé dans les coulisses!

Vous voulez savoir comment se nouent et se dénouent les alliances entre les partis? Soyez sûrs et certains d’avance que les «atraf» y sont pour quelque chose.

Si rien ne marche, c’est la faute à certains «atraf» qui mettent les bâtons dans les roues… Et ainsi de suite !

A partir de tels discours, et si vous faites bien attention, une image claire se dégage à propos de ces obscurs «atraf»: ils sont, certes, comploteurs, magouilleurs, combinards, manœuvriers, comme on vient de le voir, mais ils sont, aussi puissants, influents, omnipotents et surtout invisibles! Car le propre des «atraf» c’est d’être invisible! Vous ne serez jamais capables (et je vous défie) de voir des «atraf» en chair et en os déambuler dans les rues de votre vile, ou passer à la télé. Invisibles donc, mais anonymes aussi !

Les «atraf», en effet, ne portent jamais de noms, et nos brillants politiciens (et politiciennes aussi) préfèrent toujours les entourer d’un halo de mystère. Et c’est tout à fait normal: les «atraf» ne seraient plus des «atraf» si on divulguait leurs noms! Je ne sais pas si vous me suivez, mais je compte toujours sur votre intelligence.

Si, par hasard, vous insistez auprès de ces messieurs-dames pour qu’ils (elles) vous citent des noms, ils (elles) vous répondront le plus simplement du monde: «Mais tout le monde les connaît!». Ah bon? Ah oui! tout le monde les connaît, sauf vous et moi évidemment! Mais jamais, au grand jamais, et par crainte du ridicule, nous n’avouerons notre ignorance. Et c’est sur cela justement que jouent les hommes (et les femmes) politiques pour éviter d’être piégé(e)s.

Faut-il ajouter que les «atraf» sont, par définition presque, des personnes malveillantes? Leur capacité de nuisance est grande et leur courroux terrible. Et c’est pour cela, peut-être, que tout le monde évite de les nommer.

Invisibles, anonymes et méchants, «al atraf» ne seraient-ils pas, en fin de compte, le fruit de l’imagination de ceux qui les ont créés pour nous amadouer ou nous faire peur, comme faisaient nos pères et nos grand-pères avec le «ghoul» des contes populaires?

A défaut de réponse, je dirai, comme si El Béji: «Que celui qui trouve des «atraf» me les amène!».

P.S.: Au nom de cette sacrée parité entre hommes et femmes, et qui ne cesse de faire des remous à l’A.N.C., j’ai tenu, tout le long de cet article, à donner aux femmes la part qui leur revient, concernant les «atraf».

Adel Lahmar

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