L’accompagnement de l’électeur analphabète : une ouverture vers «la corruption et l’achat des voix»

Electeur

La commission de la législation générale de l’Assemblée nationale Constituante (ANC) a approuvé, le 14 mars dernier, une disposition, dans le projet de loi électorale, permettant à l’électeur analphabète d’être accompagné dans l’isoloir. Il aura à choisir, pour cela, entre un des membres de sa famille proche (le conjoint, les parents ou les enfants), ou un autre électeur du bureau du vote.

Contacté par Webdo, Moez Bouraoui, président de l’Association tunisienne pour l’Intégrité et la Démocratie des Elections (ATIDE), a souligné que «des calculs politiques manifestes» sont derrière cette approbation. «Le but est d’ouvrir la porte à la corruption et aux achats de voix, surtout que, dans la plupart des cas, les analphabètes sont parmi la catégorie pauvre de la population», a-t-il déclaré.

S’agissant de la solution qui avait été de mise pour les élections du 23 octobre 2011, et laquelle excluait cette possibilité d’accompagnement, Moez Bouraoui a estimé qu’elle avait constitué, relativement, un succès puisque le nombre des bulletins nuls était «insignifiant».
«Le plus important est qu’il y a un critère international qui énonce le secret du vote» a-t-il souligné.

Il a affirmé, également, que l’ANC sera obligée de délaisser cette possibilité d’accompagnement de l’électeur analphabète. «Les médias et la société civile vont exercer des pressions, a assuré Moez Bouraoui. Si elles ne donnent pas de résultats, nous allons nous diriger vers les tribunaux car cette disposition est absolument contraire à la Constitution».

Pour rappel, le président de l’Instance supérieure indépendante pour les Elections (ISIE), Chafik Sarar avait proposé, le 17 mars 2014, dans une intervention au micro d’Express FM, trois solutions pour faciliter le vote de l’électeur analphabète : la préparation des analphabètes à l’opération de vote, la simplification du bulletin de vote, et la modération du nombre des candidats.

«Notre position, au sein de l’ISIE, est que la loi électorale ne doit pas énoncer que l’analphabète doit être accompagné, avait-il indiqué. Cela va engendrer un grand problème. Un électeur peut, ainsi, se présenter comme étant analphabète, alors, qu’en réalité, il aura vendu sa voix à la personne même dont il demande l’accompagnement dans l’isoloir».

Il a demandé, de ce fait, à ce que la loi électorale permette à l’ISIE de prendre les mesures nécessaires pour garantir le droit de vote du citoyen qu’importe son niveau d’éducation, surtout que cette possibilité d’accompagnement «peut mener à une large fraude électorale».

Selon les chiffres de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), la Tunisie compte un taux d’alphabétisation de 79,1% chez les adultes, et de 97, 2% chez les jeunes, sur une population totale de près de onze millions.

Par ailleurs, en avril 2013, le ministre des Affaires sociales de l’époque, Khelil Zaouia, avait indiqué que l’analphabétisme et le faible niveau d’instruction avaient empêché 1,7 millions de Tunisiens de participer aux élections du 23 octobre 2011.

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