Salwa Bey : «Lamine Bey comptait proclamer la République mais a été menacé par Bourguiba»

Salwa Bey (credit photo Asharq Al-Awsat)
Salwa Bey et son époux (crédit photo Asharq Al-Awsat)

Dans une interview accordée au journal Asharq Al Awsat, Salwa Bey, fille de Slaheddine Bey et petite-fille du dernier Bey de la Régence de Tunis, Lamine, a révélé que ce dernier avait eu l’intention de proclamer la République, quelques temps avant que Habib Bourguiba ne le fasse. «Mohamed Lamine Bey allait proclamer la République trois mois avant le 25 juillet 1957, a-t-elle assuré.

Il avait décidé de convier tous les médias internationaux pour cette proclamation, et il comptait installer Habib Bourguiba à la tête la présidence de la République, tout en gardant la monarchie régnante dans un régime proche de celui prévalant en Grande-Bretagne. Sauf que Bourguiba a été mis au courant, et a menacé mon grand-père de le tuer s’il venait à proclamer la République».

Le jour de cette proclamation, la famille de Lamine Bey a été expulsée du palais beylical sur ordre de Bourguiba. Salwa Bey a affirmé, ainsi, qu’«au moment même de notre départ du palais, j’ai vu Wassila Ben Ammar, l’épouse de l’ancien président, sa sœur, Neïla, ainsi qu’une troisième personne que je ne connaissais pas, se précipiter vers les bijoux de la famille».

Pour ce qui est de Lamine Bey, il a été incarcéré dans la prison des femmes à La Manouba. «De juillet à novembre [1957], Bourguiba l’avait laissé sans vêtements, portant uniquement une jebba, a déclaré Salwa Bey. Il avait gardé sur lui la somme de 500 dinars qu’il dépensait pour subvenir à ses besoins. Cet argent épuisé, il était resté trois jours sans manger. Après une petite période, il mourrait, en 1962, à l’âge de 82 ans».

Alors même que d’autres sources avancent que le dernier Bey était proche des autorités colonialistes, Salwa Bey tient un discours totalement différent. D’après elle, Lamine Bey a participé à la libération de son pays. «Bourguiba vivait parmi nous dans le palais, et je l’appelais ‘‘mon oncle’’, a-t-elle rapporté. Il plaisantait avec Lamine Bey et lui disait, amicalement, ‘‘visage de la lumière, sans toi, nous n’aurions pas obtenu l’indépendance’’. Par ailleurs, tous les symboles de l’indépendance, à l’instar de Farhat Hached et de Mongi Slim, se déplaçaient souvent au palais. Ils venaient déguisés afin que les autorités françaises ne découvrent pas ces liens avec le Bey».

En réponse à la question «pensez-vous que la bonté de Lamine Bey est à l’origine de sa chute du pouvoir ?», Salwa Bey a soutenu que cela «est, en grande partie, vrai». «Mohamed Lamine Bey […] était proche des Tunisiens, et il a pesé pour l’obtention de l’indépendance, a-t-elle poursuivi. Il ne savait pas que Bourguiba allait lui réserver ce dur traitement. Je suis certaine que Bourguiba, durant cette période, n’aimait que sa propre personne et qu’il était assoiffé de pouvoir. Il ne voyait rien qui pouvait l’arrêter. L’assassinat de Salah Ben Youssef, son camarade du mouvement nationale, confirme ce que je dis».
D’ailleurs, elle a estimé que Bourguiba «considérait les autres Tunisiens comme de la poussière qui n’a aucune valeur».

S’agissant des attentes des descendants du Bey suite à la Révolution, Salwa Bey a indiqué qu’ils souhaitent «la réhabilitation» de leur famille, notamment dans les programmes éducatifs, et que «la loi sur la justice transitionnelle intègre la famille de Lamine Bey».
«Je dois signaler que notre famille n’est pas riche, au contraire de ce qu’avait insinué Bourguiba dans ses discours calomnieux à l’encontre de l’histoire de la famille husseïnite. Mais nous avons des droits que nous allons continuer à revendiquer, à l’instar de tous les Tunisiens. Nous nous sommes dirigés vers l’administration de la propriété foncière afin d’obtenir les documents légaux».

Aussi, Salwa Bey a affirmé que sa famille «détient ce qui prouve que mon grand-père a acheté, avec son propre argent, Beït El Hikma, situé à Carthage, […] un bâtiment qu’il l’avait acheté à un juif nommé Bessis».
«Les documents qui prouvent les droits de la famille s’étalent sur une longueur de 53 km aux archives nationales, souligne-t-elle. Tous les achats effectués par le Bey sont consignés, mêmes les crayons».

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