Slim Riahi, Président du Club Africain : «On nous met les bâtons dans les roues !»

Slim RiahiLorsqu’il est arrivé au Club Africain pour en devenir le président, Slim Riahi avait promis de la réussite et des titres. Après une première saison mitigée, il semble s’être assagi côté dépenses, mais n’a pas abandonné ses projets : des titres et une infrastructure… Interview

• Un premier bilan sera fait à la fin des matches aller

• Rénover le Parc A et se doter d’un nouveau complexe, une nécessité pour le CA

Pour commencer, comment analysez-vous le résultat du match ASM-CA (0-0) ?
Après ce nul vierge entre le Club Africain et l’Avenir Sportif de la Marsa, et les événements malheureux qui ont eu lieu dans l’enceinte du stade Abdelaziz Chtioui je ne peux qu’être attristé. Joueurs, dirigeants et accompagnateurs clubistes ont été provoqués afin de les faire sortir du contexte du match. C’est une chose que je désapprouve et je ne peux pas me taire sur ce qui se passe actuellement. A chaque fois que le CA fait un pas en avant, la machine des complots redémarre.
Je considère en effet que l’expulsion de Mohamed Ali Yaâkoubi, l’avertissement adressé à Khaled Korbi et les nombreuses provocations tout au long du match sont des manières de mettre des bâtons dans les roues du club et la marche de l’équipe qu’on veut déstabiliser.
J’ai toujours remis en question la théorie des complots dans le sport, mais aujourd’hui, je suis convaincu qu’à chaque fois que le CA retrouve une certaine réussite, des obstacles viennent, comme par miracle, se dresser. Mais je tiens à rassurer les supporters clubistes et leur dire que je défendrais le club bec et ongles.

Quel est votre avis sur la marche de l’équipe de football ?
Les deux premières rencontres on été à la mesure des attentes malgré quelques imperfections, mais c’est ensuite que j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui ne marchait ou ne collait pas. Selon moi, Adrie Koster s’est compliqué la tâche en ne délimitant pas son groupe et a été confronté à des choix cornéliens. L’entraineur avait pourtant pour première mission de former un groupe de 25 joueurs. Il ne l’a pas fait et a gardé 34 joueurs à sa disposition, d’où parfois des difficultés à faire des choix.
La victoire lors du derby nous a confortés dans nos choix et aujourd’hui, ce groupe doit être soutenu et doit travailler sur ses acquis. Il n’a besoin que d’un bon coaching pour aller plus loin. Mais le vrai premier bilan ne sera fait qu’à la fin des matches aller.

«Adrie Koster n’est pas porté
sur la communication»

Etes-vous satisfait du travail de l’entraineur Adrie Koster ?
Je m’entretiens régulièrement avec l’entraineur et ne manque jamais l’occasion de lui rappeler qu’il a toute ma confiance. Il y a peu, notamment avant le derby, Adrie Koster était très critiqué pour ses choix et l’absence de style de son équipe. Je lui ai fais savoir que nous tenons à lui mais lui ai aussi fait comprendre qu’on ne pouvait pas continuer à jouer de cette manière. Cette équipe a besoin d’un style de jeu propre à elle. C’est une nécessité ! Des prémices sont apparues lors du derby.
J’ai également exigé plus de visibilité par rapport au groupe de joueurs sur lesquels il compte s’appuyer. Logiquement, après plus de 30 matches entre officiels et amicaux, une équipe-type aurait dû se dégager. C’est actuellement le cas mais il y a quelques semaines c’était encore flou avec des joueurs qui, d’une semaine à l’autre pouvaient passer du terrain aux gradins sans qu’on ne puisse vraiment comprendre ces choix.
Par ailleurs, ce que je lui reproche parfois, c’est de ne pas être porté sur la communication. Certains joueurs ont besoin de ça et le coach ne communique pas beaucoup avec ses joueurs, même en dehors du terrain.

Vous faites allusion aux « cas particuliers » dans l’équipe ?
L’entraineur doit être proche de ses joueurs. Il doit apprendre à les connaitre et comprendre chaque caractère. Adrie Koster ne sait pas, par exemple, qu’un cas comme Zouhaier Dhaouadi à un caractère très spécial et qu’on peut tirer le meilleur de lui. C’est un joueur à tempérament et l’entraineur qui sait canaliser et exploiter ce tempérament peut en faire une force de frappe exceptionnelle. Cela ne signifie pas qu’en cas d’erreur de la part d’un joueur, il sera pardonné. Au contraire, la discipline reste essentielle au sein du groupe.

«Il est encore trop tôt
pour parler de mercato…»

Deux joueurs, Prince Tagoe et Francis Narh, ont plié bagages et fugué en quittant la Tunisie. Quelles sont les raisons de ces « désertions » ?
Prince Tagoe et Francis Narh, ont en effet décidé de quitter la Tunisie sans autorisation sous prétexte qu’ils n’ont pas reçu leur salaire. Une enquête interne a été ouverte à ce sujet pour faire la lumière sur cette affaire et surtout déterminer les responsabilités.

Le CA sera-t-il concerné par le prochain mercato ?
Il est encore trop tôt pour en parler… Si vous faites allusion au cas Mohamed Ali Yaâkoubi, nous avons, avec Seif Tka, Walid Dhaouadi, Bilel Iffa, etc., une pléiade de joueurs capables de prendre le relais, donc il est inutile d’aller voir ailleurs.

Venons-en justement au cas Yaâkoubi : pourquoi le joueur n’a-t-il toujours pas prolongé son contrat ?
Mohamed Ali Yaâkoubi est un joueur fragile qui a peur des blessures. Selon les risques du métier de footballeur, il prend grandement en considération les possibilités de se blesser. C’est ce qui le pousse à réagir en termes de salaire et non pas de primes. Il craint de se blesser et donc de perdre les primes. C’est pour ces raisons qu’il exige des prestations composées principalement de salaires. Ce que demande Yaâkoubi, ce sont des dispositions contractuelles jamais vues auparavant, ni au CA, ni en Tunisie.
En tant que président du Club Africain, je ne peux pas me permettre de fondre dans cette logique. Je ne peux pas faire en sorte qu’un joueur qui joue touche moins en termes de salaires plus ses primes qu’un joueur qui ne joue pas et touche le montant de primes qui ont été intégrées dans son salaire et donc qui doivent lui être payées même s’il ne joue pas. Ce n’est pas logique parce que cela gonflerait considérablement la masse salariale. C’est une responsabilité vis-à-vis du club que je préside et je ne suis pas disposé à engager le CA dans des pratiques dépensières de ce genre. A supposer que demain, je quitte le CA, quel président pourra supporter de telles dépenses ? Moi-même ne suis pas disposé à le faire.

«Ce que demande Yaâkoubi pour prolonger,
ce sont des dispositions contractuelles
jamais vues auparavant, ni au CA, ni en Tunisie»

Cela signifie que la balle est dans son camp ?
S’il veut quitter le CA à la fin de la saison, il est libre de le faire, sachant que s’il mérite une place de titulaire il la gardera jusqu’à la fin. Je suis contre les pratiques qui font qu’un joueur refusant de prolonger son contrat soit rétrogradé en Elites ou laissé sur le banc des remplaçants.
Je lui ai expliqué ma démarche en espérant que le message a été reçu. A présent, c’est à nous de préparer un joueur qui saura le remplacer dans le cas où Yaâkoubi décide de partir.

Où en êtes-vous par rapport aux objectifs de travail fixés, toutes sections confondues ?
Dans toutes les sections, nous poursuivons un travail qui a débuté depuis la saison passée et qui consiste à développer ces sections en termes de qualité tout en s’attelant à colmater les brèches. C’est le cas principalement du football et du handball.
Il y a aussi l’infrastructure du Parc A qui est un objectif primordial. Des travaux ont débuté depuis quelque temps déjà. Ils ne sont pas encore visibles mais ça a commencé.

«Le Parc A aura
sa salle et sa piscine»

Qu’en est-il justement du projet de rénovation du Parc Mounir Kebaili ?
Aujourd’hui, la priorité est donnée au Parc A. Nous sommes actuellement penchés sur des questions administratives à régler avec la Municipalité de Tunis. Une fois ces formalités effectuées, nous pourrons passer à l’étape de la rénovation proprement dite afin de rendre au Parc toutes ses fonctionnalités et le remettre au goût du jour.
Il sera bien évidemment question de construire une salle de sports et une piscine au Parc A, c’est une évidence.

L’idée de construire un complexe pour le club a-t-elle été abandonnée ?
Procédons par étapes, une fois le Parc A rénové, nous pourrons passer à l’étape suivante, celle de la construction d’un complexe. L’idée est loin d’être abandonnée, au contraire, l’idée de bâtir un complexe est plus que jamais ancrée. D’ailleurs, que le club se dote d’un tel outil est devenu une nécessité. Mais je préfère ne pas griller les étapes.

Un mot sur vos relations avec la FTF ?
Mes relations avec le Bureau fédéral sont correctes, sans plus. Reste que je ne peux pas m’empêcher de critiquer le fait que ce Bureau fédéral a commis des erreurs dont celle de n’avoir pas plus impliqué les clubs dans la marche du football. Une Fédération ne se gère pas sans le soutien des clubs, mais la FTF se contente de les consulter, seulement lors de ses assemblées générales alors que ce devrait être un travail quotidien pour le bien du football.

Propos recueillis par Maher CHAABANE

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