Chawki Tabib fait le procès des politiques : la gauche et la droite ont redonné vie à leur conflit des années 80

Chawki TabibInvité, hier soir, sur le plateau de Ness-Nessma pour parler du dialogue national et surtout de sa candidature au poste de chef de gouvernement, l’ancien bâtonnier de l’ordre national des avocats est allé au-delà des questions posées en remettant en cause la classe politique et les mauvais choix qui ont marqué le début de la phase transitionnelle.

Les hostilités entre la gauche et la droite
ont faussé la route

En ce qui concerne la prestation de la classe politique, Chawki Tabib a dit tout haut ce que certains murmurent dans les coins et les coulisses. Selon lui, les protagonistes parmi la gauche et la droite ont tendance à reprendre leur règlement de compte des années 80, caractérisé par les conflits violents et les hostilités irréductibles entre la gauche radicale et ses ramifications d’une part, et les islamistes et leurs adeptes d’autre part.

Ces conflits qui ont eu pour théâtre l’université du temps où le mouvement estudiantin était la principale force de contestation sous le règne de Bourguiba, ont gagné certaines organisations nationales dont particulièrement l’UGTT et la ligue des droits de l’homme qui jouent aujourd’hui un rôle important dans le cadre de l’apaisement de la crise politique.

Suite à la révolution du 14 janvier qui a obligé Ben Ali à prendre la fuite, la classe politique est revenue au galop sur la scène pour se repositionner sur l’échiquier national. Quelques mois auparavant, les partis politiques qui n’étaient pas reconnus ou peu tolérés, les militants en exil et les leaders qui opéraient dans la clandestinité, étaient en détention et pourchassés par la police politique, ne se manifestaient qu’à travers des déclarations et des communiqués condamnant la répression des libertés et les atteintes aux droits de l’homme.

Ils ne réagissaient en public qu’au moyen d’alliances contre nature et de grèves de la faim.
Malgré la dimension historique de l’événement, ils se sont comportés comme s’il n’y avait pas eu de révolution dans le pays. Au lieu de se serrer les coudes et mettre la main dans la main en vue de réaliser les véritables objectifs de la révolution, ils ont redonné vie à leur conflit des années 80.

Provocations, menaces, accusations mutuelles et bien d’autres pratiques similaires caractérisent le discours officiel et les relations entre les partis politiques. D’un côté, le parti au pouvoir accuse l’opposition de mettre le bâton dans les roues et d’un autre côté, cette dernière rejette la responsabilité de l’échec sur les gouvernants. Et pour marquer leur territoire respectif, les députés islamistes proposent des projets archaïques pour islamiser la République et les militants de gauche expriment des revendications en série pour mériter la confiance des masses.

Les manigances Rcédistes
ne sont pas exclues

Face à cette situation confuse et inextricable, un grand nombre de citoyens qui espéraient mieux que ce que leur réserve la classe politique, ont commencé à regretter l’époque de Ben Ali quand la tyrannie et la dictature les empêchaient de s’exprimer librement et les privaient de leurs droits politiques élémentaires. Entre la stabilité politique qui leur garantissait un minimum de décence et l’anarchie qui les menace dans leur survie, certains n’hésitent pas à faire le choix de la contre-révolution. Si bien qu’on a l’impression que derrière la violence politique, le terrorisme, le discours diffamatoire et injurieux se cachent des éléments de l’ancien régime qui cherchent à se venger du peuple tunisien ou à rétablir la médiocratie de l’ancien régime à travers certaines façades.

L’appel à l’élection de l’ANC
pourrait être une démarche propagandiste

En évoquant des mauvais choix, Chawki Tabib paraît remettre en cause la démarche institutionnelle qui a été onéreuse pour la collectivité publique sans pratiquement aucun intérêt au niveau de la réalisation des objectifs de la révolution. Beaucoup d’argent dépensé et beaucoup de temps perdu pour élire une Assemblée nationale Constituante alors qu’il fallait tout simplement réhabiliter la République à travers le toilettage de la Constitution de 1959. En insistant sur cette démarche, les partis politiques qui ont appelé à sa mise en œuvre semblent avoir des objectifs autres que ceux annoncés lors de Kasbah II.

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