Le billet de Hatem Bourial – Que reste-t-il du 7 novembre ? Et que reste-t-il de la révolution ?

"Crédit photo : Reuters/Zohra Bensemra"
« Crédit photo : Reuters/Zohra Bensemra »

Alors que la Tunisie s’enfonce chaque jour davantage dans une crise politique dont nous ne voyons pas le bout, alors que des voix opposées parlent de confrontation et que les indicateurs économiques sont au rouge, le 7 novembre s’invite dans notre calendrier, comme pour nous poser des questions qui, presque toutes demeurent sans réponse.

1. Alors que Ben Ali avait déposé Bourguiba, au soulagement général faut-il le rappeler, à cause de la sénilité due à son grand âge, la révolution est en train de se transformer en gérontocratie digne des dernières décennies de l’empire soviétique. Le 7 novembre 1987, Bourguiba n’avait que 84 ans. Mestiri en aligne 88 alors que Mohamed Ennaceur, Rached Ghannouchi ou Beji Caid Essebsi ne sont plus de jeunes poulains mais plutôt des vétérans. Faut-il répéter, après un optimiste résolu, que même Aznavour fait figure de Mathusalem, ce qui ne l’empêche pas de chanter…

2. Le parti unique que fut le RCD de Ben Ali reste d’actualité. D’abord parce qu’Ennahdha aspire à simplement le remplacer pour tout régenter à sa manière. Ensuite, car de nombreux membres de ce parti ont rejoint, après s’être fait pousser une barbe, le mouvement islamiste. Enfin, puisque, comme en son temps, le RCD, Ennahdha s’est entouré de partis croupions et de satellites pour construire un leurre démocratique.

3. Nous sommes en pleine partitocratie mais tout le monde parle de consensus. Souvenez-vous, avant la dérive mafieuse de la famille, ce terme de consensus était le favori de Ben Ali. L’ancien président et ses conseillers ont en effet défini le consensus comme étant l’objectif politique à atteindre. Nous y sommes de nouveau et même si les partis continuent à jouer la cacophonie, Ennahdha, comme hier le RCD, se contenterait bien d’un consensus tronqué, d’un faux « pacte national » qui préserverait ses pouvoirs.

4. On peut poursuivre cette énumération sur beaucoup d’autres plans. Presque tous les indicateurs soulignent que politiquement, nous demeurons dans la matrice du 7 novembre. Comme si la révolution du 14 janvier 2011 avait accouché d’un autre 7 novembre dont la date serait le 23 octobre2012.

Le fait est que, par ailleurs, Bourguiba et les destouriens demeurent encore les tenants de la légitimité historique alors que ceux qui pourront se prévaloir de la légitimité démocratique se font toujours attendre. Quant à la légitimité révolutionnaire, seul le peuple et la jeunesse en demeurent les détenteurs malgré les gesticulations trompeuses de la classe politique.

Que reste-t-il de la révolution ? Pas grand chose, sinon l’attente des uns en une prise de pouvoir totale des islamistes et l’espoir des autres en une rectification du cours des choses vers plus de justice sociale et moins de diktats au nom de la religion, devenue une arme politique.

Que reste-t-il du 7 novembre, trois ans après le départ de Ben Ali ? Un système politique toujours tenté par la pensée unique et la dictature pour de nouveaux objectifs, un personnel politique qui ne s’est pas renouvelé et une bipolarisation qui revient au galop, menaçant d’emporter tout l’édifice construit par des générations de Tunisiens.

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