Ennahdha refuse de limiter le rôle de la mosquée à la pratique du culte

Mosquée ZitounaParmi les articles en suspens au niveau du projet de constitution, les députés ne se sont pas encore mis d’accord sur les dispositions de l’article 5 qui institue le principe de la liberté du culte et attribue à l’Etat la mission de garantir la neutralité des espaces dédiés par rapport aux partis politiques.

Ces dispositions n’ont pas été jugées suffisantes pour empêcher l’interférence de la politique dans le discours religieux par les députés de l’opposition et plusieurs autres députés de la Troïka. Ils considèrent qu’à côté de l’indépendance des partis, il est requis d’interdire d’aborder des questions politiques dans les mosquées et autres lieux de culte.

La polémique a été soulevée à nouveau lors de la réunion de lundi dernier de la commission des consensus au sein de l’ANC sans parvenir à modifier l’article 5 dans le sens voulu. Selon la députée Lobna Jeribi, membre de cette commission, l’immixtion des maisons de culte et des institutions éducatives dans la vie politique est un danger sur la démocratie et peut affecter le bon fonctionnement des institutions de la république.

N’étant pas de cet avis, la député Ferida Laabidi a déclaré que son parti, le mouvement Ennahdha, refuse de limiter le rôle de la mosquée à la pratique du culte. Elle a ajouté qu’il est permis au prédicateur d’aborder dans leur prêche et discours des questions sur les élections et d’appeler les prieurs à y participer de la même manière qu’il n’est pas interdit aux syndicats de s’y adonner.

Cette dernière n’a pas expliqué le bien-fondé de la position de son parti qui prévoit le maintien de l’article 5 dans sa version proposée. Mais il est clair, à travers ses propos, que le but recherché est de tirer profit du discours religieux notamment pendant la campagne électorale où les imams prennent position en faveur du parti islamiste.

Pendant les dernières élections, ils étaient allés jusqu’à ériger en devoir religieux le fait de voter en faveur du mouvement Ennahdha. Dans les circonstances actuelles et en raison de l’échec essuyé de la politique sécuritaire, économique et sociale, le parti majoritaire au pouvoir table encore une fois sur le soutien des mosquées pour rester dans la course et remporter les prochaines élections.

Il est à noter que la formulation de cet article ne prémunit pas contre le risque d’ingérence de la mosquée dans les affaires politiques. En effet, s’il leur est interdit de prendre position avec tel ou tel parti, il leur est permis de propager des idées en leur faveur. Elle peut se traduire par une propagande politique en faveur de tel ou tel parti en usant d’un discours religieux.

Cependant, même si l’opposition et les députés qui sont dans leur camp parviennent à imposer l’amendement de l’article 5, la démarche ne sera concluante qu’en vertu de la définition de modalités pratiques pour garantir véritablement l’indépendance des maisons de culte et empêcher qu’elles soient au service des partis politiques.

Art 5

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