Rached Ghannouchi s’essaye au jeu des concessions

Rached GhannouchiIntervenant pour la première fois sur Nessma TV, dans le cadre d’une interview, Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha a eu l’occasion d’expliquer ses positions et celles de son parti au sujet des problèmes qui se posent sur la scène politique.

Le bilan d’Ennhdha dépend de la réalisation
d’élections libres et transparentes

Sur la situation dans le pays, Rached Ghannouchi a nié l’existence d’une crise économique et sociale en se prévalant du comportement des Tunisiens qui mènent une vie normale. D’après lui, la crise n’est que politique. Elle est fomentée par certaines parties qui appellent à l’anarchie sous différents prétextes. Il a ajouté que malgré la teneur de cette crise politique, il est prématuré de se prononcer sur la prestation du gouvernement en place dont la réussite dépend de l’élaboration de la Constitution et de l’organisation d’élections libres et transparentes et non de l’appréciation de l’opposition. Rached Ghannouchi considère, en effet, que le mouvement Ennahdha aura parfaitement accompli sa mission après réalisation de ces objectifs, même en cas d’échec du mouvement dans les prochaines élections.

La mission de l’ANC déterminée par le dialogue

A propos de la position controversée exprimée jeudi dernier, Rached Ghannouchi a précisé que l’acceptation de l’initiative de l’UGTT ne doit pas se traduire par une démission immédiate du gouvernement. Celle-ci interviendra à l’issue du dialogue qui devra avoir lieu entre les protagonistes et qui doit porter sur la mission exacte de l’ANC, la nature du gouvernement à constituer et les modalités de mise en œuvre. Il prévoit, à cet égard, la formation d’un gouvernement neutre qui sera chargé de la préparation des futures élections sans que ses membres y prennent part. En vertu de cette proposition inspirée de l’initiative du parti El Amen, la formation de ce gouvernement aura lieu après approbation de la Constitution, promulgation des lois organiques en rapport avec ces élections et arrêté d’une date pour la tenue du scrutin.

Un nouveau gouvernement dans un mois

D’après Rached Ghannouchi, ces préparatifs prendront entre 20 jours à 1 mois, date butoir au terme de laquelle le nouveau gouvernement verra le jour.
Interrogé sur le respect de ce deadline surtout que le mouvement ne s’est pas conformé à son engagement politique relatif à la durée de la mission de l’ANC, Rached Ghannouchi a fait remarquer qu’en souscrivant cet engagement, Ennahdha a commis une erreur en pensant qu’il était possible de concevoir la Constitution dans le délai d’une année. Il a imputé cette erreur aux experts mandatés par le mouvement qui ne l’avaient pas prévenu de la non faisabilité de l’engagement. Quant au délai d’un mois qu’il a avancé pour la finalisation de la Constitution et des textes associés, il a déclaré qu’il s’appuie sur une estimation raisonnable compte tenu des étapes franchies jusque là.

Nidaa Tounes, une force politique incontournable

Concernant les entretiens qu’il a eu avec Beji Caied Essebsi, il a précisé que la rencontre entre des responsables des deux plus grands partis du pays est fortement recommandée pour assurer le rééquilibrage de la situation sur l’échiquier national et l’adapter à la réalité politique. A cet effet, il reconnaît le poids de Nidaa Tounes en tant que force incontournable qui peut jouer un rôle important pour le remodelage du paysage politique.
Il n’a pas révélé grand-chose sur le contenu de ces entretiens à part le fait qu’il n y aura pas de loi sur l’immunisation de la révolution avant les prochaines élections.

Mêmes positions à l’égard des LPR et d’Ansar Achariaâ

Cheikh Rached Ghannouchi a rappelé la position de son parti concernant les ligues de protection de la révolution en vertu de laquelle il est du ressort des autorités judiciaires de statuer sur la dissolution de ces structures. Seulement, il trouve que les tribunaux ne sont pas en train de jouer convenablement leur rôle en imposant le respect de la loi.
Pour ce qui concerne Ansar Achariaâ, il considère que malgré son implication avérée dans des actes terroristes, il soutient encore le dialogue avec les membres de cette organisation pour les encadrer et les aider à réviser leurs positions et leurs choix antisociaux. Quant à sa classification dans la catégorie des organisations terroristes, il a affirmé qu’il appartient à la justice et aux autorités sécuritaires de se prononcer.

Retrait de la plainte contre Bettaieb

Il a indiqué que la violence politique n’est pas propre à des parties islamistes. Lui-même a été l’objet de violences morales lorsqu’il a été accusé par des figures de l’opposition d’avoir contribué à l’assassinat de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi. Il a déclaré leur pardonner ces agressions en annonçant sa décision de retirer la plainte déposée contre Samir Bettaieb, un de ses accusateurs.
A côté de ces réponses, Rached Ghannouchi, s’adressant à la classe politique et aux Tunisiens, toutes catégories confondues, a fait savoir que son mouvement est disposé à consentir davantage de concessions dans l’intérêt de la Tunisie et de la révolution.

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