«La brigade de Batna, représentant de l’Aqmi en Tunisie, a élu domicile au mont Chaâmbi», Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes

Jebel ChaambiMobilisée depuis décembre dernier à Jebel Chaâmbi pour tenter de mettre la main sur des terroristes liés à Al-Qaïdaa, l’Armée tunisienne a été confrontée à la mort de 8 soldats, lundi. Un massacre qui pourrait bien représenter un tournant dans la nouvelle guerre contre le terrorisme en Tunisie avec en ligne de mire Aqmi.

Dans une interview accordée au Nouvel Observateur, Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes, estime que les assassins des 8 soldats martyrs viennent de plusieurs horizons. Selon lui, le groupe de Chaâmbi est composé «d’anciens membres (une trentaine) d’une des cellules de la brigade « Tarik Ibn Ziad » qui était dirigée par Abou Zeïd, un des chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tué dans l’intervention française au Mali». Cette section a fui, il y a six mois, le nord du Mali vers la frontière algéro-tunisienne.

Dans leur migration, ces terroristes ont rejoint des Algériens originaires de Batna, cette ville étant réputée pour être un centre d’activité d’Aqmi, des salafistes tunisiens qui étaient déjà en train de s’installer au Mont Chaâmbi, et des djihadistes tunisiens chassés de Syrie, explique le spécialiste. De là, un groupe a pris forme et a même été baptisé la brigade de Batna.
Tous ces terroristes sont armés et équipés depuis l’Algérie notamment en ce qui concerne les IED (engin explosif improvisé) faisant de la Tunisie un nouveau front pour Aqmi.

Mathieu Guidère fait porter la responsabilité de ce «dossier mal géré» à Ali Laarayedh et à ses hésitations. «En 2012, l’ancien ministre de l’Intérieur et actuel Premier ministre, l’islamiste Ali Larayedh, a plus ou moins voulu intégrer les salafistes radicaux qui commençaient à se rassembler dans le Mont Chaâmbi pour éviter leur radicalisation. Cette hésitation a profité à ces radicaux qui se sont renforcés. Cela a paralysé les services de sécurité et l’armée contre toute action sérieuse de nettoyage de cette zone. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Ali Larayedh a changé d’avis et pense qu’il n’a plus aucun espoir de les récupérer. Il a décidé de faire le ménage, et a déclaré la guerre aux salafistes en tenant des discours très fermes. Depuis six mois, la machine sécuritaire tunisienne s’est remise en marche».

Un scénario à l’algérienne ? L’expert estime que «c’est pour l’instant peu envisageable car les terroristes n’ont pas l’assise populaire qu’ils avaient en Algérie». Mais selon lui, «les terroristes occupent bien le Mont Chaâmbi en mettant des IED, ils ont des abris et s’y entraînent…»

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