Bonté divine… même le mufti n’y échappe pas !

MuftiDatant de plusieurs siècles et anciennement dénommé mufti Addyar Attounoussia (devenu en 1957 le mufti de la République), cette institution, outre le fait qu’elle soit une des plus anciennes et qu’elle a pu survivre au delà des régimes politiques, reste une parmi les plus respectées de notre pays.

Certes, même si, de par le passé, elle a pu souffrir par moments d‘interférences de type politiques, il n’en demeure pas moins que la tradition républicaine va dans le sens de la stabilité dans le temps du titulaire de cette fonction (7 personnes ont pu occuper ce poste depuis 1957 avant que ne soit intronisé le nouveau mufti) et surtout un rapport plus au moins distant des muftis par rapport à la politique, du moins sur le plan partisan.

Cette fonction hautement symbolique fut occupée par d’éminentes personnalités parmi la communauté des savants Zeitouniens dont les honorables cheikhs Ben Achour père et fils pour ne citer que ceux là. Bien que le mufti ne soit pas pour les musulmans sunnites l’équivalent du pape pour les catholiques ou les orthodoxes ou celui de l’ayatollah pour les chiites, il n’en reste pas moins que cette autorité religieuse dont les titulaires sont choisis essentiellement pour leur maitrise des arcannes de la religion musulmane, bénéficient d’une aura incontestable et d’un puissant crédit moral et scientifique.

N’échappant à l’œuvre de dé-crédibilisation massive de nos institutions et autres hautes fonctions républicaines, l’institution du mufti vient d’être, elle aussi, touchée par ce virus mystérieux consistant à rendre sujet à dérision toute personne investie d’une haute charge dans l’Etat.

Bien entendu, il ne s’agit nullement pour l’auteur de ces lignes de placer quiconque au dessus de toute critique. Toutefois, la séquence TV sur Watanya montrant le nouveau mufti faisant la grimace par moments, cherchant la caméra dans un autres, décrochant le téléphone dans un troisième, le tout renvoyant l’image d’un homme pas du tout à l’aise dans sa jebba et sa aâmema… était très loin de la posture classique d’un mufti et de la solennité du moment…

Mais quelle mouche a donc piqué le président pour «virer» du jour au lendemain et de surcroit presque la veille de Ramadan le cheikh Othman Batikh (du jamais vu dans les annales, le remplacement d’un mufti se faisant d’habitude dans le respect de certaines formes) ? Quelqu’un parmi l’entourage présidentiel pourrait-il nous expliquer le caractère impérieux ou urgent de remplacer le mufti et surtout pourquoi ce timing pour le moins très mal choisi ?

Cette précipitation tout en expliquant la première sortie télévisée désastreuse du nouveau mufti (sûrement l’impréparation face à un tel exercice) confirme la tendance de l’exécutif tunisien, président de la République au premier chef, à réagir au quart du tour face à certains faits ou péripéties de la vie politique nationale ou internationale. Elle dénote surtout l’absence d’une vision globale des choses lui permettant de prendre les bonnes décisions dans le calme et avec discernement.

Qu’il s’agisse de la mise à l’écart de l’ex-gouverneur de la Banque centrale ou du mufti de la République (décision imputée à la volonté du président)… la logique «si tu n’es pas de mon coté c’est que tu es forcément contre moi», et ne tenant absolument compte ni de l’intérêt national, ni des traditions républicaines, n’aura servi qu’a affaiblir nos institutions déjà fragiles et renvoyer une image pour le moins déplorable du personnel politique en responsabilités dans notre pays. De grâce messieurs les gouvernants, veillez à ce qu’au minimum des responsabilités à forte charge symbolique ne soit pas concernées par de bas calculs de type partisans, l’image de nos institutions n’en sera que plus rehaussée.

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