Sihem Badi veut avoir la peau de l’UNFT

Sihem badiSihem Badi ne laissera probablement pas une trace impérissable pour son action au ministère de la Femme et de la Famille. Certaines libertés qu’elle s’est permise, son rejet par de vastes secteurs de l’opinion, sa désastreuse gestion de la triste affaire du viol dans un jardin d’enfants, son histoire de chaussures et d’autres choses encore plombent son bilan aussi discutable qu’invisible.

Toutefois, c’est dans un autre domaine qu’elle semble exceller. En effet, depuis le début de son mandat, elle s’acharne contre l’Union de la Femme tunisienne, l’historique UNFT qui a traversé le mouvement national puis s’est trouvée doublement inféodée au RCD et à Leila Trabelsi et consorts.

Sihem Badi pousse ainsi cette organisation dans ses derniers retranchements en lui coupant ses financements et en l’asphyxiant de la sorte. En effet, les subventions de l’Etat ne sont plus parvenues à cette organisation féminine depuis 2012 et l’édifice est en train de rompre, ce qui semble être précisément l’objectif de la ministre, devenue le fossoyeur d’une organisation nationale, il est vrai, réputée pour ses liens avec l’ancien régime. Mais qui ne l’était pas et pourquoi cet acharnement contre l’UNFT ?

Le résultat humain de l’attitude intransigeante de Badi est désastreux : des salaires impayés depuis six mois, plus de cinq cents familles dans le doute et la précarité, un bureau directeur réduit à faire la manche et même deux tentatives de suicide parmi le personnel.

On est en droit de se demander pourquoi cette cruauté et surtout, pourquoi ne pas agir dans la transparence et avoir le courage de dissoudre l’UNFT ou bien laisser cette organisation faire son travail. Que signifie au juste cet acharnement contre l’UNFT et quels sont ses ressorts politiques ?

En effet, le pouvoir actuel est en voie de créer une nouvelle organisation féminine de masses et verrait d’un bon œil la disparition « spontanée » de l’UNFT. Les propos de Abdelfattah Mourou, prononcés lors d’un meeting la semaine dernière vont dans ce sens et voient en « la femme nahdhaoui qui a fait tant de sacrifices » un nouveau vecteur de promotion féminine.

L’action de Sihem Badi contre l’UNFT doit être comprise en ce sens : laisser s’effondrer l’UNFT, mettre en exergue son passé corrompu et préparer le terrain pour la nouvelle organisation féminine qu’Ennahdha appelle de ses vœux.

Ce qui est révélateur d’un état d’esprit ambigu, c’est que les destouriens qui continuent à former leur nouveau parti n’ont fait aucun geste public en faveur de l’UNFT, alors qu’ils s’insèrent dans le sillage bourguibien. Pour sa part, l’Association des Femmes démocrates n’a pas, à notre connaissance, dénoncé le sort qui est fait à son ainée et jadis concurrente, alors que des possibilités de convergence existent aujourd’hui.

En effet, ce n’est qu’une hypothèse d’école mais l’ATFD pourrait tendre la main à l’UNFT pour construire une centrale féminine moderne et aux valeurs exigeantes.
Toutefois, l’ATFD semble préférer sa situation de lobby et se contente de discours alors que le réseau de l’UNFT reste inactif.

Bref, tout semble aujourd’hui condamner l’UNFT à une mort lente alors que, plus que jamais, les femmes ont besoin d’un véritable vecteur d’action indépendant.
En attendant, le jeu trouble de Sihem Badi et du gouvernement continue alors que Radhia Jerbi, présidente de l’UNFT, se débat dans un marasme historique qui risque de coûter à l’UNFT son existence.

Commentaires: