Musée Bourguiba ou la mémoire à l’abandon !

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Ben Ali et ses acolytes voulaient rayer Bourguiba de la mémoire des Tunisiens, et c’est déjà un miracle que le palais soit épargné jusque-là (Photo Webdo/Faten 22-04-2013)

La présidence de la république et le ministère de la Culture s’étaient précipités pour annoncer en grandes pompes, le 6 avril dernier, l’ouverture du musée Bourguiba au palais présidentiel de Monastir.

Pour parer à la non-commémoration de la fête de l’Indépendance et qui avait indigné les Tunisiens, les autorités ont cru bien faire d’ouvrir ce musée au public dans la plus grande hâte et marquer ainsi, leur attachement à l’histoire tunisienne et à la mémoire de Bourguiba.

Seulement, voilà, le visiteur du musée s’apercevra, en franchissant les murs de l’enceinte de ce qui fut une magnifique résidence d’été présidentielle et un joyau de l’architecture, du ravage des années Ben Ali et du désastre de la bêtise humaine.

Le palais, comme nous le savons tous, a été exploité par la famille régnante de l’ancien régime, divisé en lots de terrains vendus à des particuliers. Dans ses jardins, des villas cossues et des immeubles ont été construits, le palais fait désormais partie d’un grand ensemble résidentiel, comme une quelconque bâtisse que rien ne distingue.

Ben Ali et ses acolytes avaient voulu par cet acte rayer Bourguiba de la mémoire des Tunisiens, et c’est déjà un miracle que le palais soit épargné jusque-là. Le pouvoir actuel a voulu redonner cette mémoire aux Tunisiens, sans vraiment afficher une grande conviction, ni une volonté de bien faire.

Ce qui interpelle le visiteur à première vue, c’est la non-conformité du musée aux normes internationales: quelques guides qui ne portent même pas d’uniforme et qui ne savent rien sur l’histoire du musée sont postés dans les grandes salles du musée et font figure de gardiens plus qu’autre chose. On entre dans ce palais comme dans une étable, aucune sécurité n’est assurée. Pas de dépliants, pas d’audioguides, les rares visiteurs étrangers sont livrés à eux-mêmes.

Les étages supérieurs du palais sont encore fermés au public, et les espaces ouverts sont pauvrement meublés. Dans les couloirs du palais, des bacs à fleurs ont été remplis de hideuses plantes artificielles. Des panneaux décrivent sommairement les principales pièces et œuvres du palais, dessinées pourtant par de grands artistes et architectes de renommée mondiale comme André Leleu, Maxime Old ou encore Raphaël.

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Des panneaux décrivent sommairement les principales pièces et œuvres du palais, dessinées pourtant par de grands artistes (Photo Webdo/Faten 22-04-2013)

Mais la plus grande atrocité attend le visiteur dans les terrasses et les jardins du palais qui sont en friche, abandonnés, dépouillés. Des plaques de marbre ont été arrachées, les ronds de verre coloré qui ornent la rampe des escaliers extérieurs disparaissent l’un après l’autre, et ce qui fut jadis un jardin luxuriant n’est aujourd’hui que désolation !

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Ce qui fut jadis un somptueux jardin n’est aujourd’hui que désolation ! (Photo Webdo/Faten 22-04-2013)
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Les ronds de verre coloré qui ornent la rampe extérieure du palais disparaissent l’un après l’autre (Photo Webdo/Faten 22-04-2013)

Le désastre a atteint jusqu’à la plage où se baignait Bourguiba en été. Elle est désormais envahie par des campements de pêcheurs et les ordures des promeneurs.

La question qui se pose naturellement est la suivante: pourquoi avoir ouvert ce musée quand on ne s’est pas donné les moyens de le restaurer comme il le faut ? Était-ce un simple coup médiatique sans plus ou une volonté de nuire encore plus à la mémoire collective des Tunisiens ?

Ne dit-on pas qu’une nation qui ne sait pas sauvegarder son patrimoine historique est une nation qui n’a pas d’avenir ?
Allez visiter ce musée quand même, il en va de la sauvegarde de cette mémoire qui est à l’abandon !

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