Le 9 Avril d’un peuple divisé !

9 Avril 2 (photo FP facebook)Les différentes forces politiques ont défilé aujourd’hui à l’avenue Habib Bourguiba afin de commémorer les martyrs du 9 Avril 1938. Le 9 Avril et la fête des martyrs sont justement censés être l’occasion de montrer l’image d’un peuple uni autour de son histoire, l’occasion fût cependant ratée.

Les manifestations, au pluriel, furent symptomatiques du mal qui ronge le pays. Les marches ont reproduit le reflet de ce que vit la Tunisie aujourd’hui, à savoir un pays divisé par les clivages politiques et tiraillé par les combats idéologiques.

L’avenue Habib Bourguiba où se tenaient les marches, était divisée en deux parties. Du côté de l’hôtel Africa, les LPR aux côtés des salafistes, de l’autre côté, le Front populaire et le réseau Dostourna. Nidaa Tounes, Al Massar et le Parti Républicain se trouvaient, quant à eux, au niveau de l’avenue Mohammed V.

Les martyrs n’ont pas réussi non plus à unir les manifestants, chacun avait le sien. Lotfi Nakdh pour Nidaa Tounes, Chokri Belaid pour le Front Populaire et les martyrs de la révolution pour les LPR. Autre signe de division, les drapeaux, les plus en vue, et les plus nombreux étaient ceux des partis politiques, des salafistes, de l’UGTT et non ceux de la Tunisie.

9 Avril 3 (photo facebook)Les LPR, ou ce qu’il en reste, étaient les moins nombreux, une centaine pour être généreux. Accompagnés de plusieurs salafistes, faisant flotter leurs drapeaux d’«Union». Le très médiatique, Recoba, en chef de file, donnait le tempo des slogans, des directions et directives. Perché sur les épaules d’un de ses «camarades» (il appréciera l’ironie du terme choisi), micro et à la main, ses slogans étaient, pour le moins q’on puisse dire, provocateurs.

Visiblement encore aveuglé par sa répulsion de l’opposition, il a excellé dans les slogans haineux et clivant à l’adresse des militants du Front Populaire, qui se trouvaient juste en face, de Beji Caïd Essebsi, et même du nouveau ministre de l’Intérieur, lui rappelant que «l’assainissement n’est pas une faveur». La provocation a atteint son summum, au moment où il a commencé à scander «Chokri personne ne l’a tué» en pointant du doigt les frontistes, qui n’ont pas bronché.

Du côté du Front Populaire, les slogans n’étaient pas à l’union non plus. Ils étaient franchement hostiles à Ennahdha et au gouvernement. Les pancartes à l’effigie de Chokri Belaid étaient très nombreuses, réclamant la vérité sur son assassinat et dénonçant la lenteur des investigations. Au milieu du cortège, se trouvaient les leaders politiques du Front, Hamma Hammami, Radhia Nasraoui, ainsi que Basma Khalfaoui, le frère de Chokri Belaid, Jawhar Ben Mbarek et d’autres personnalités.

La marche a été clôturée par un discours de Hamma Hammami regrettant la mort de ses camarades Chokri Belaid et l’avocat Fawzi Ben Mrad. Un discours très critiques vis-à-vis d’Ennahdha, responsable à ses yeux, du décès de Chokri Belaid.

Une vieille dame a marqué les esprits, s’adressant aux «spectateurs», elle a fait part de son indignation et sa colère sur le chemin suivi par Ennahdha : «en 74 ans, je n’ai jamais entendu un discours aussi rétrograde que celui d’Ennahdha», déclare-t-elle, en référence aux propos de Habib Ellouze sur la circoncision des filles.

Les militants de Doustourna étaient aussi aux côtés du Front Populaire, leurs revendications étaient tout aussi politiques, que celles du reste des manifestants. «Rendre des comptes avant toutes réconciliations» ; «Non à la destruction du pays, non à la violence», tels étaient les messages affichés sur leurs pancartes.

9 Avril (photo FP facebook)Une commémoration des martyrs, très politisée donc, par les protagonistes de tous bords. Une date historique, marquant le combat pour l’indépendance, qui n’a pas réussi à unifier un peuple désorienté par le combat politique et profondément divisé. Les fêtes nationales comme celles du 20 Mars, du 9 avril ou du 25 Juillet, sont d’ailleurs devenues l’occasion, pour les forces politiques, de parader sur l’avenue Bourguiba et verser dans des slogans hostiles à leurs opposants politiques.

Espérons qu’il reste encore des hommes et des femmes politiques éclairés, conscients du danger que représente la pente divisionnaire dans laquelle le pays est en en train de s’engouffrer. Les discours appellent à l’union mais les actes sont font rares. Les seules affiches commémorant, vraiment, le 9 Avril étaient celles installées la veille par le ministère de l’Intérieur !

Niveau sécuritaire, la manifestation s’est bien déroulée. Un hommage aux forces de l’ordre qui ont réussi à encadrer les manifestants d’une manière professionnelle. Un cordon sécuritaire séparait les courants susceptibles de se confronter. Pour dire que quand la volonté politique d’éviter tout débordements et des consignes claires et intelligentes, sont là, les gaz lacrymogènes et les scènes de violences s’évaporent.

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