Abou Abdallah Attounsi aurait-t-il été ramené en Tunisie pour être relâché ?

Abou Abdallah AttounsiLa décision de relâcher Abou Abdallah Attounsi, de son vrai nom Imed Ben Salah, arrêté en Egypte puis refoulé vers la Tunisie, suscite des questions troublantes dans l’opinion publique.
En effet, le motif de son arrestation par les autorités égyptiennes, il y a une semaine, est la falsification et la délivrance de faux passeports ; un crime sévèrement punissable aussi bien en Tunisie qu’en Egypte que partout ailleurs dans le monde.

Pour le cas de cette affaire, le mobile du crime est l’utilisation de passeports falsifiés dans le cadre d’activités djihadistes en Syrie.
Son extradition vers la Tunisie a laissé penser qu’il allait être interpellé puis arrêté et traduit devant les tribunaux.

Seulement, la décision du Parquet a pris de court tout le monde. Comment expliquer, en effet, cette décision à propos d’un acte d’une telle gravité pour un mobile aussi dangereux ? Jusque là aucun démenti ni réponse n’ont été fournies par les autorités tunisiennes ce qui donne libre cours à différentes interprétations. Et tout d’abord, il est important de savoir si Abou Abdallah Attounsi a été extradé à la demande du gouvernement tunisien ou simplement expulsé par les autorités égyptiennes.

Hypothèse de l’extradition

L’extradition à laquelle certains médias ont fait allusion suppose, en premier lieu, une requête de la part des autorités tunisiennes sur la base d’une infraction commise en Tunisie ou susceptible d’examen par la justice tunisienne. Dans d’autres circonstances et dans d’autres affaires, la procédure prend des mois et des mois et son dénouement n’est pas toujours évident. Dans cette affaire, le crime aurait été découvert par les autorités égyptiennes et à priori commis sur son territoire.

Ces dernières auraient pu donc s’opposer à la demande d’extradition et déclencher les poursuites à leur niveau. Mais l’empressement avec lequel elles se sont exécutées, une semaine après la découverte du crime, présume des pourparlers politiques et des règlements extrajudiciaires, au-delà des procédures et des règles d’usage. La libération d’Abou Abdallah Attounsi par le ministère public, après l’avoir sommairement interrogé, autorise à y croire. Sinon, comment expliquer le sens de cette décision curieuse qui fait suite à une demande d’extradition du djihadiste ?

Hypothèse de l’expulsion

Dans ce cas, on peut penser qu’Abou Abdallah Attounsi aurait été remis à la Tunisie dans le cadre d’une mesure d’expulsion prise par le gouvernement égyptien. Pour quelle raison l’aurait-il expulsé malgré son arrestation pour avoir commis le délit de falsification ? Pareille décision de la part de ces autorités est, à première vue, étrange. En principe, le prévenu interpellé et arrêté par la justice égyptienne devait être jugé devant les juridictions de son territoire et non refoulé, à peine une semaine après sa détention.

La seule hypothèse pouvant justifier l’expulsion est l’absence de preuves sur sa culpabilité et l’existence de fortes présomptions qui laissent craindre l’exécution d’actes djihadistes sur le sol égyptien. La décision d’expulsion serait, dans cette hypothèse, une mesure préventive pour prémunir l’Egypte contre un éventuel danger terroriste. Si tel est le cas, l’interrogatoire sommaire de l’intéressé pour le lâcher, ensuite, dans la nature, ne peut pas être rassurant de la part des autorités tunisiennes.

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