Madame Badi… avoir un culot d’acier ne dispense pas d’avoir un SMIG de culture politique

Sihem BadiLa députée Najla Bouriel à l’origine de la motion de censure visant madame la ministre Sihem Badi vient de confirmer la réception d’une correspondance de la part de cette dernière dans laquelle il est question d’une menace de dépôt de plainte en diffamation à son encontre et surtout d’une éventuelle levée de l’immunité parlementaire.

Cette information est pour le moins hallucinante de par le procédé employé et dénote aussi d’un manque de culture politique particulièrement criant de la part de madame la ministre.
Certes, Madame Badi s’estimant ayant fait l’objet de propos diffamatoires est tout à fait libre de déposer une plainte mais il n’y a nul besoin d’écrire une correspondance à celle qui en est supposée être l’auteur.

Madame la ministre, dois-je vous rappeler qu’exercer un droit qui vous est reconnu comme tout autre justiciable se fait par les voies et dans les conditions prévues par notre législation nationale. Normalement, au lieu d’écrire à la députée vous auriez du saisir l’autorité judiciaire compétente pour d’éventuelles poursuites pénales et ainsi d’un coup vous auriez fait l’économie d’une polémique, agit dans les règles de l’art et surtout… évité de donner l’impression que vous vous contentiez de brandir la menace… faute d’avoir les preuves des faits qui auraient incriminé… un adversaire politique.

Madame la ministre, avoir recours à la menace comme arme de dissuasion n’est pas pour honorer notre démocratie «balbutiante» et nous conforte dans l’idée que vous êtes… comme d’habitude complètement à côté de vos «pompes»… En l’espèce ce sont les règles républicaines du respect de l’adversaire politique que vous piétinez de toutes vos forces sans vous soucier un instant de ce que peut représenter l’image d’un membre de l’exécutif menaçant un élu de la République.

Maintenant, venons en à votre seconde menace, celle de lever l’immunité parlementaire de la députée en question. Tout en précisant qu’elle est inqualifiable, elle n’en fait pas moins ressortir une impression de délire total, quelque chose que seul l’ivresse du pouvoir et le sentiment de posséder une infinie puissance peut produire…

Même un dictateur du calibre d’un Ben Ali n’aurait pas fait preuve de ce «culot» d’acier et aurait cherché à sauver les apparences si d’aventure il voulait avoir la peau d’un député plus au moins «trublion» (le recours à une levée d’immunité punitive s’est produite sous l’ère benaliste et avait concerné quelques députés un peu trop bavards).

Chère madame Badi, depuis quand et dans quels pays un ministre tout chouchouté et tout préservé qu’il soit menace t-il un député de la représentation nationale de lui enlever son immunité parlementaire ?… Madame la ministre, dites-moi que ce n’est pas vrai, que vous avez bien potassé vos fiches de droit constitutionnel mais que prise par la charge de votre «formidable travail» et la fatigue, vous avez juste inversé la règle par simple erreur…

Madame Badi, il serait peut être utile de vous rappeler qu’à l’exception du cas de flagrant délit, c’est le bureau de l’ANC qui, après avoir été informé par les autorités judiciaires d’un dépôt de plainte à l’encontre d’une députée, soumet la question à la commission de l’immunité parlementaire qui, après examen, peut demander à la représentation nationale de se prononcer par vote sur la levée de l’immunité parlementaire de la députée concernée.

Excusez-moi madame d’insister, mais pour faire fonctionner les institutions, certaines lois sont prévues pour répondre à ce besoin. C’est comme cela que les choses se passent en règle générale. Tenez, pour preuve, même le manuel «Les institutions pour les nuls» nous apprend cela et manque de chance pour vous, il se trouve que dans notre pays, l’ANC s’est choisie certains textes de référence dont le texte régissant l’organisation provisoire des pouvoirs publics ou encore le règlement intérieur de l’ANC, dont rien ne semble prévoir que vous pourriez y déroger, élémentaire n’est-ce pas ?

Enfin, tout comme pour notre cher Président, l’heure semble être venue pour vous de prendre du repos et d’en profiter pour vous rafraichir certaines connaissances, pour le moins élémentaires… surtout lorsqu’on est ministre de la République.

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