« Spécialité Finances et fouilleur de poubelles ! », par Tarak Zarrouk

Spécialité Finances et fouilleur de poubelles - photo archive (letemps.com.tn)Tribune – Yassine est un jeune homme de trente printemps. Il a poursuivi ses études supérieures en économie-gestion à la Faculté des Sciences économiques de Tunis jusqu’à la troisième année spécialité Finances.

Malheureusement pour lui, après avoir traîné à la Fac, il n’a pas pu achever sa maîtrise étant donné les conditions sociales et familiales trop difficiles.

Originaire du sud, il vit seul à Tunis et cohabite avec quatre ouvriers dans un petit appartement sis à El Omrane Supérieur.

Depuis qu’il a rompu avec les études, il s’est hasardé longtemps à travers les chantiers du nord-est de la capitale afin de dénicher un boulot de maçon et subvenir à ses besoins.

Yassine est très dynamique et n’accepte pas du tout le chômage forcé, car ses demandes d’emploi envoyées par-ci par-là, aux différentes administrations et sociétés privées sont demeurées lettre morte.

Depuis l’année 2010, besoin oblige, il était contraint d’arracher un job assez particulier, il est devenu par la force des choses, fouilleur de poubelles. En dépit de son niveau d’études assez avancé.

Ayant acquis une mobylette, il s’est arrangé pour offrir ses services à une société de récupération et de recyclage du plastique sise à El Omrane Supérieur.

Sa mission consiste à bien fouiller les bennes des poubelles situées à l’extrémité des chaussées, y sectionner et trier les bouteilles ainsi que les bidons en plastique.

Sa mobylette est munie de deux grands sacs, un sac réservé à l’entassement des bouteilles et un autre réservé aux bidons.

Yassine est minutieux dans l’accomplissement de sa tâche, son travail est propre et méthodique. Il plonge la main dans la benne et déniche avec délicatesse le sachet contenant les ordures ménagères afin d’y saisir tout ce qui est plastique. Par ce geste, il veille à ne pas salir le pourtour du trottoir.

La visite des bennes se fait quotidiennement de jour comme de nuit. Ce débrouillard travaille tous les jours de la semaine y compris les dimanches et jours fériés. Les quartiers sillonnés sont généralement les mêmes, El Menzah, El Manar, les différentes cités d’Ennasr sans oublier quelques quartiers semi-populaires tels que Bab El Khadra, Bab Djedid, Lafayette et autres cités du centre-ville de Tunis.

Ce rayon d’activité s’étend sur vingt ou trente kilomètres. En ce qui concerne la vente du plastique, elle se fait quotidiennement à la société de recyclage au prix de gros à raison de cinq cents à six cents millimes le kilo selon la qualité du produit.

Cinq à six dinars par jour est le fruit de la corvée de ce fouilleur qui— ambition oblige — compte bosser encore plus en remplaçant la mobylette par un tricycle qui peut contenir plus de sacs de plastique et par voie de conséquence, améliorer la vente.

Personnellement, je salue le courage et l’initiative de ce jeune homme qui s’est attelé à gagner sa vie par la sueur de son front. Car en fouillant les bennes, ce jeune rescapé d’un ordre social bien spécifique et victime d’une conjoncture économique trop difficile, s’est déchargé de la véritable spirale chômage/délinquance. Piège tendu aux jeunes chômeurs diplômés qui passent leur temps à jouer aux cartes et à errer à travers les rues et avenues au risque de plonger dans la délinquance. Au fait, Voltaire n’avait-il pas raison de signaler que «le travail éloigne en nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin».

Tarak Zarrouk – Tunis

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