Péril en la demeure Ennahdha

Ennahdha Ghannouchi (photo - jeuneafrique)Les discours se multiplient ici et là à l’envi pour dire à qui veut les entendre l’unité du parti de Rached Ghannouchi. Mais en vain. Plus personne ne doute que l’entreprise islamiste d’Ennahdha est plus que jamais lézardée. Et c’est précisément cette insistance sur son union, aux allures de ritournelle, qui la rend ostensiblement suspecte.

L’assassinat odieux de Chokri Belaïd a révélé au grand jour la vulnérabilité des nahdhaouis et de l’ensemble de l’obédience islamiste. Cette exécution lâche de la figure emblématique de la scène politique a également éclairé d’une nouvelle lumière les profondes dissensions au sein du mouvement Ennahdha.

Les funérailles nationales émouvantes du martyr de la nation ont visiblement isolé Rached Ghannouchi et son parti et jeté sur eux un froid glacial. Les leaders nadhaouis ont très mal vécu ce qui s’apparente à un camouflet infligé par un million et demi de Tunisiens sortis rendre un dernier hommage à Chokri Belaïd, et rejeter la violence dont les islamistes sont responsables pour les raisons que chacun sait.

Le rassemblement tenu le lendemain, 9 février, par Ennahdha fut un échec si l’on en juge par le nombre de manifestants venus pourtant des quatre coins du pays. Ce fut également une erreur politique, perçue par beaucoup d’observateurs comme une réaction voulant prouver, à la suite des funérailles du martyr Chokri Belaïd, sa capacité à mobiliser.

C’est manifestement l’aile radicale du parti qui était derrière ce rassemblement dérisoire mené entre autres par Walid Bannani, Habib Ellouze, députés à l’Assemblée constituante, et curieusement le ministre des Transports Abdellatif Harouni.

A ces «faucons» s’opposent les «colombes» qu’incarnent Samir Dilou, Abdelafattah Mourou et le chef du Gouvernement, Hamadi Jebali. Ce dernier, secrétaire général d’Ennahdha, n’a pas été épargné par les durs disciples du camp de Ghannouchi, lorsqu’il a exprimé sa volonté de former un gouvernement de «compétences nationales neutres».

Les choses gagnent en rapidité et les événements se précipitent convergeant tous vers un constat indéniable qu’il y a bel et bien une profonde division au sein d’Ennahdha. Vendredi 15 février, l’hebdomadaire français «Marianne» publie une interview de Abdelafattah Mourou dans laquelle celui-ci accuse Rached Ghannouchi de mener «le pays et le parti au désastre».

Aux yeux du vice-président d’Ennahdha qui soutient ouvertement Hamadi Jebali, des erreurs et des maladresses ont été commises et exigent, partant, la tenue d’un congrès extraordinaire. Ce n’était évidemment pas du goût des radicaux dont l’un de leur représentant est allé jusqu’à songer prendre des mesures à l’encontre de Mourou.

C’est peu dire qu’il y a du rififi à Ennahdha, c’est à vrai dire un péril en la demeure. Et ce n’est pas tout : aujourd’hui samedi 16 février, Samir Dilou, ministre des Droits de l’homme et de la justice transitionnelle a estimé sur les ondes de Shems FM que «les déclarations de Mourou sont audacieuses et sincères». Des propos qui se prêtent à un soutien, à peine voilé, aux paroles du vice-président d’Ennahdha.

Les «faucons» du mouvement islamiste n’ont visiblement pas absorbé l’ampleur des funérailles nationales de Chokri Belaïd. En témoigne le rassemblement organisé aujourd’hui sur l’avenue Habib Bourguiba. Le souhait de Habib Ellouze de réunir le «million» de sympathisants a abouti à une désillusion. La foule venue de plusieurs régions est estimée à 30.000 personnes. Force est de constater que Rached Ghannouchi a encore une fois raté une occasion, de rompre avec le discours qui divise et de se draper dans l’habit d’un homme d’Etat.

Engoncé dans son idéologie, il a fustigé indirectement Béji Caïd Essebsi, exprimé sa volonté de ne pas céder le pouvoir et, last ut not least, s’en est pris aux médias.
L’absence de figures importantes telles que Mourou et Dilou laisse entendre que le mouvement Ennahdha traverse une crise profonde.

Les islamistes sont aujourd’hui à la croisée des chemins : demeurer prisonniers de leur idéologie rétrograde ou se moderniser et rejoindre les démocrates. Puisse l’exemple turc de l’AKP leur servir d’exemple, de source d’inspiration.

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