Ennahdha et le néo-impérialisme arabe

salafistesLe feuilleton du remaniement continue et dévoile chaque jour un peu plus les écrans de fumée que la Troïka au pouvoir, et surtout sa composante nahdhaouie, veut nous vendre en guise de réalité. Car, alors qu’on essaie de retenir l’attention de l’opinion sur cette péripétie politicienne, le noyautage de tous les rouages de l’État se poursuit de manière feutrée, vicieuse et invisible.

Ennahdha et ses affidés voudraient faire en sorte que nous regardions dans toutes les directions sauf la bonne. En nous distrayant avec de multiples diversions, Ennahdha compte faire place nette et placer a tous les niveaux de l’État et de la société civile une nouvelle nomenklatura, les apparatchiks islamistes qui lui garantiront vaille que vaille le gain des prochaines élections.

Nous attendons ce remaniement depuis sept mois et, à l’allure ou vont les choses, notre prochain rendez-vous électoral pour valider la nouvelle constitution et sortir du transitoire qui s’enlise n’aura lieu qu’en 2015. Il s’agit bien d’une stratégie à long terme : jouer la montre, investir l’État et faire peur au public en ouvrant la voie a des salafistes pyromanes, friands de fatwas spectaculaires et adeptes de polygamie. Alors que les acrobaties de ces alliés de fait d’Ennahdha nous détournent de la réalité politique, le pouvoir islamiste s’implante, s’enracine, triomphe.

Pendant ce temps, l’opposition continue à vivre, même si c’est désormais de manière feutrée, le lamentable combat de coqs qui de facto entérine la main-mise de Ennahdha sur la Tunisie. Une gauche archaïque, devenue alliée tactique d’Ennahdha se berce d’illusions révolutionnaires(bis!); un centre sans assise populaire est de toutes les  » négociations » et une multitude de voix qui cherchent à faire entendre leur originalité alors que seul un front national, républicain et populaire peut sauver la Tunisie de l’effondrement.

Le tableau est sombre et le re(ma)niement n’est qu’une technique de contournement du réel qui prétend insulter notre intelligence. De fait, après plus d’un semestre de prétendues discussions, on repart à zéro en nous vendant une nouvelle soupe : la fin de la Troïka… Comme si les partis croupions dont les électeurs ont été trahis avaient leur mot à dire.

Toute cette mascarade devrait donc déboucher sur un passage en force d’Ennahdha qui annonce que le gouvernement ira chercher une majorité a l’ANC qui, de nouveau, abandonne la rédaction de la constitution pour des manœuvres politiciennes. Car, au fond, ce remaniement cosmétique dont on nous rebat les oreilles n’est qu’un jeu de chaises musicales destiné à partager des maroquins et nullement tourné vers l’avenir, le progrès social ou la croissance économique.

Dans cette pesante atmosphère, ce sont les principes révolutionnaires que nous sommes en train de renier en faveur de sombres «  »combinazione » et sur fond de déroute éthique. Dans cette « chakchouka » politicienne, c’est l’avenir de notre pays que nous abandonnons à des mains coupables prétendant instaurer un émirat aux ordres du Qatar et de la sainte alliance wahhabite. La Tunisie va-t-elle se résoudre à subir un néo-impérialisme arabe dont les contours idéologiques visent la destruction de notre identité méditerranéenne et de nos liens historiques avec l’Europe. Est-ce ce féodalisme archaïque que nous voulons? Est-ce ce douteux mélange de stalinisme bédouin et de totalitarisme islamiste qui va constituer notre horizon?

Ce sont ces questions essentielles qu’Ennahdha veut éluder à tout prix. Ce sont ces dépendances coupables, cette connivence évidente avec les ploutocraties arabes que les nahdhaouis veulent faire passer au second plan. C’est pour cela qu’un remaniement ministériel prend des allures de sit-com, c’est pour cela que la terreur est savamment entretenue à coups de caches d’armes et de violences salafistes. C’est pour cela aussi que Nida Tounes, la seule alternative pragmatique et non idéologique, est fustigé par des islamistes alarmés par la popularité de ce mouvement pour une république civile.

Pour en finir avec ces reniements et tourner la page de ce remaniement, il serait souhaitable pour les alliés socio-democrates d’Ennahdha (le CPR et le Forum) d’envisager une alliance critique véritable avec les islamistes. Même si ces derniers montent en puissance et laissent entendre qu’ils n’hésiteraient pas à nouer des alliances de revers, fussent-elles avec le diable en personne.

Et dans ce cas, c’est le prochain vote a l’ ANC, s’il a effectivement lieu, qui nous dira l’avenir de toutes ces alliances contre nature qui insultent éthique et principes sous couvert d’une transition falsifiée.

À moins que ce nouvel épisode du soap opéra qu’est devenu ce remaniement promis ne dure six nouveaux mois…

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