Affaire Kazdaghli : menaces sur les libertés académiques

Habib Kazdaghli (photo - letemps.ch)Déception et surprise ont animé la grande foule venue le jeudi 17 janvier 2013 soutenir Habib Kazdaghli dans ce procès de la honte. Pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie et de l’Université tunisienne, un doyen élu par ses pairs est traduit devant la justice.

Le motif est une prétendue gifle donnée à une étudiante qui, faisant fi du règlement intérieur de la Faculté des lettres, des Arts et des Humanités de Manouba, fait irruption dans le bureau du doyen pour le saccager. L’affaire prend une tournure dramatique lorsque la charge infondée et retenue contre Habib Kazdaghli a été requalifiée par le Ministère public en «agression dans l’exercice de ses fonctions», passible d’une peine de cinq ans d’emprisonnement. Ainsi va donc la justice postrévolutionnaire en Tunisie.

Après une multitude d’audiences qui se sont étirées en longueur (l’affaire remonte au mois de mars 2012), le verdict qui devait être rendu jeudi 17 janvier a été reporté au 28 mars. Le motif invoqué par le tribunal de la Manouba est l’irrecevabilité jugée par le Conseil de l’ordre des médecins quant au certificat médical délivré à la plaignante. Une audience a été fixée au 6 mars afin d’entendre les différents témoignages, procédure qui doit somme toute déterminer la sentence définitive (?). Rien n’est moins sûr.

Toujours est-il que l’Association Tunisienne de Défense des Valeurs Universitaires s’est réunie aujourd’hui, vendredi 18 janvier à la FLAHM pour débattre de cette affaire jugée scandaleuse et qui constitue une véritable menace des libertés académiques.

Présidés par Rabaâ Abdelkéfi et Habib Mellakh (la présidente et le secrétaire général de l’ATDVU), la réunion a attiré un grand public constitué d’enseignants de différentes universités, de représentants de divers syndicats, de journalistes et d’avocats tunisiens et étrangers. Tout en disant leur indignation, les intervenants ont mis principalement l’accent sur la manière dont la justice a traitée ce procès qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Le fait que l’agresseur ait retourné l’accusation contre le doyen de la faculté demeure incompréhensible et témoigne, selon certains, du caractère politique de cette affaire. L’impression générale qui se dégage est que la justice, qui ne donne en l’occurrence aucun gage d’indépendance, joue sur l’usure. Raison pour laquelle tous ont exprimé leur volonté de poursuivre le combat et la résistance, de rester mobilisés et solidaires avec Habib Kazdaghli.

Car ce qui serait visé au-delà de cette affaire, c’est la liberté d’expression. A cet égard, un intervenant a rapproché le procès du doyen avec les affaires d’Al-Abdellia, de Sami Fehri, et de Olfa Riahi. Mme Alia Baccar, membre de l’Association de défense des valeurs universitaires (ATDVU) a déclaré : «Il s’agit de donner un soubresaut pour sauver le pays. On considère qu’il ne faut pas baisser la garde et qu’il est impératif de faire front face au danger qui menace les libertés académiques.»

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