Gannoucha et Sidi Cheikh : «Tu m’as promis Carthage et je ne vois rien venir…»

Nous invitons nos lecteurs à découvrir les aventures (imaginaires, il va sans dire !) de Dame Gannoucha et son époux Sidi Cheikh.

Empressons-nous d’ajouter que toute personne qui croirait se reconnaître dans l’un de ces deux personnages ne devrait s’en prendre qu’à elle-même.

Dans cet épisode, Gannoucha et Sidi Cheikh sont dans la pénombre. Elle est légèrement sur les nerfs et lui, affiche sa placidité légendaire. Ecoutons-les…

– Tu parles d’une bloggeuse ! Elle ne parle même pas anglais comme les gens modernes et ose s’en prendre au joyau de ma couronne. Et toi, laisses faire sans rien dire !

– Gannoucha, ne t’emporte pas, c’est de la politique et tu n’y comprends rien… C’est une affaire d’hommes !

– Tu parles ! Mais c’est une fillette qui s’attaque à un ministre. En plus, elle se promène presque à poil à la télé et tes lignes de défense ne font rien !

– Rien ne dit qu’elle a raison. C’est peut-être un coup fourré des laïques ou même une intrigue de palais. Et puis, rien n’empêche un ministre méritant d’héberger sa cousine. Et, de toute façon, on l’attend au tournant…

– Comme Saïda Agrebi ! Elle se pavane chez tes frères turcs et toi tu es là à parler d’amitié avec Erdogan… Tu vas voir que la bloggeuse va être invitée elle-aussi à l’étranger !

– On l’empêchera de voyager et on le fera dans le respect des procédures. Que veux-tu, tous ces ennemis de la révolution déroulent le tapis rouge à nos opposants. Il faut savoir rester calme…

– Rester calme ? Mais tu plaisantes ! Rester calme alors qu’on t’accuse d’être un cheikh prédateur et qu’on nous roule dans la boue ! Jamais, ils n’auraient osé faire ça à Zine ! Lui, au moins, il avait de la poigne…

– Mais souviens-toi, c’est Leïla qui l’a perdu… Je te le répète : la femme et la politique ne font pas bon ménage…

– Et Maherzia et Sihem et toutes les autres ? Pourquoi, il n’y a que moi qui doive se taire ?

– Ce sont toutes des potiches. On les a mises en vitrine pour rassurer l’Occident et faire comme si on était pour l’émancipation féminine. Ne t’inquiète pas, ce sont des marionnettes et je suis leur guide suprême. Nulle ne me contredira !

– Alors, commence par cette bloggeuse qui nous salit !

– Gannoucha, ne t’énerve pas comme ça : après tout, ce n’est qu’une bloggeuse et que vaudra sa parole devant celle d’un ministre !

– Tu sembles oublier ce qui est arrivé à DSK, le président du FMI qui se fait avoir par une servante… Mal lui en a pris puisqu’il a été atomisé.

– Allons donc, on n’ira jamais aussi loin dans notre bon vieux pays de despotisme oriental. Dans un élan démocratique, nous avons donné la liberté aux chiens d’aboyer. Ce n’est que du bruit car, en même temps, on fait ce qu’on veut et, si Dieu le veut, on fera ce qu’on voudra…

– Y en a qui disent que c’est l’illuminé de Carthage qui complote contre notre famille et aurait donné ces documents à la bloggeuse !

– Ils se trompent. Et, de toute façon, celui-là, c’est une potiche au masculin, une potiche en quelque sorte…

– Alors pourquoi tu le vires pas. Tu n’as qu’à réunir quelques médecins et tu lui refais le coup du 7 novembre. N’oublie pas : tu m’avais promis Carthage et je ne vois toujours rien venir ! Et pourtant, tu serais si beau en burnous, sur le perron, à sa place !

– Cesse de t’impatienter… Tu sais que je tiens toujours mes promesses !

– Alors, c’est vrai ? On ira un jour à Carthage ? Chic alors, je pourrais m’amuser sur les terres de Leïla. En plus, j’ai acheté plein de choses à elle lors de la dernière vente de charité. Il me tarde tellement d’avoir la maison qui va avec…

– Calme-toi Gannouchti… Tu verras, on y sera un jour si les vents continuent à être favorables.

– Aurais-tu un doute ? Je te le répète : cette bloggeuse, tous ces mécréants et ce front populaire, ça ne me dit rien qui vaille ! Et puis, ce BCE, il me rappelle trop Bourguiba. Il est malin comme un singe et on l’aime plus que toi…

– Allons donc, je t’ai dit de ne pas te mêler de politique. Je m’occupe de tout ça et eux n’auront pas un sou de l’émir. Et sans argent, on est rien du tout.

– Tu parles, Zine avait amassé un super magot, ça ne l’as pas empêché de s’enfuir quand le peuple a grondé.

– Oui, mais lui s’est laissé influencer par sa femme ! Et c’est une raison de plus de te taire. Compris ! Femme, tais-toi et va à la cuisine me préparer un bon pudding, comme lorsque nous étions à Londres…

– A tes ordres, mon cheikh adoré. Mais souviens-toi, je ne remettrai plus les pieds à Londres, sinon pour mon shopping. C’est Carthage que je veux et si tu es mon homme, tu m’y installeras !

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