Consensus-Troïka-Nidaa Tounes : L’Étrange cas du docteur Rached et de M. Ghannouchi

Rached Ghannouchi nous surprendra toujours ! Aucune interview ou déclaration publique ne ressemble, en effet, à celle qui la précède.
L’interview parue hier sur le quotidien en langue arabe, « Attounissia », sans être fracassante, n’en est pas moins porteuse de ce « double discours » dont beaucoup d’observateurs, nationaux ou étrangers, accusent le leader et les dirigeants d’Ennahdha.
A notre humble avis, trois sujets méritent que l’on s’attarde dessus : le consensus, la Troïka et Nida Tounès.

En ce qui concerne la recherche du consensus, Rached Ghannouchi considère que la Tunisie ne peut être gouvernée, à court ou moyen terme, sans un consensus entre islamistes modérés d’un côté et laïcs modérés de l’autre. Ce consensus, dit-il, doit être préalablement établi sur des fondements partagés et des principes communs, culturels et idéologiques. Or et à notre connaissance, Ennahdha a systématiquement rejeté tout document ou engagement commun entre toutes les familles intellectuelles, par exemple sur la nature de l’Etat, le modèle sociétal, l’universalité des droits de l’homme et tous autres éléments qui servent de base à un Etat réellement démocratique. En filigrane, il laisse entendre que dans un futur assez proche, ce sera à la majorité électorale d’imposer son style et ses visées sur la société.

Pour ce qui se rapporte à la Troïka, et tout en estimant que la Tunisie a choisi la voie difficile avec cette coalition, n’empêche qu’elle a réalisé quelque réussite. Aujourd’hui, ajoute-t-il, elle aurait besoin d’être élargi à d’autres forces politiques parmi celles existantes au sein de l’ANC ou en dehors. Autrement dit, il suggère une ouverture sur toutes les forces politiques pour les intégrer au gouvernement, indiquant que tous les portefeuilles, y compris ceux de souveraineté, sont susceptibles de changer de titulaires. Or on sait que l’instance de la Choura d’Ennahdha a rejeté toute possibilité qu’Ennahdha renonce à ces ministères, position qui a été régulièrement répétée par tous les responsables nahdhaouis.

Enfin, et en ce qui concerne Nida Tounès, il n’est plus aussi dangereux que les Salafistes comme exprimé auparavant par le même Rached Ghannouchi qui va même plus loin en estimant, et c’est nouveau, qu’il n’est pas composé dans son ensemble de « Rcdistes » afin de tenter de justifier la future loi relative à l’exclusion d’une catégorie de citoyens de toute activité politique pour les prochaines années (les promoteurs de cette législation voteraient pour une période de dix ans). Il s’appuie pour cela sur la démocratie française qui interdit la légalisation de tout parti politique royaliste.

Ce qui échappe à Rached Ghannouchi ici, et là nous revenons à ces fameux principes communs cités ci-dessus et qui auraient pu servir de socle à la future démocratie tunisienne, c’est que la France a interdit les partis qui ne rentrent pas dans le cadre de ce tronc commun. Car les royalistes sont contre la République, et que par conséquent, ils ne peuvent aspirer à devenir un parti légal. Si on avait adopté la même démarche en Tunisie, plusieurs partis qui rejettent les principes démocratiques n’auraient jamais dû être reconnus !

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