Le nouveau « Printemps arabe » viendrait-il d’Égypte ?


Le «Printemps arabe» est parti de Sidi Bouzid, où un jeune homme, Mohamed Bouazizi, devenu depuis le symbole du ras-le-bol du peuple tunisien, s’est immolé par le feu déclenchant un véritable séisme dans tout le monde arabe. Aujourd’hui, le désenchantement commence à poindre à l’horizon avec l’échec réel des gouvernants actuels dans la gestion économique de leurs pays respectifs.

Mais, ce n’est pas le seul point commun entre toutes ces «majorités» qui ont accédé au pouvoir, bénéficiant d’un contexte national et international favorable à leur survenance sur le «trône» !

Le point commun qu’ils semblent partager est cette tentation voire ce but de mettre la main à la fois sur l’État et sur la société, cette volonté de domination sans retenue que ces gouvernants entendent exercer. En Tunisie, cette volonté de mainmise sur les rouages de l’État a commencé à se concrétiser à travers les nominations à la tête des institutions publiques (gouverneurs, PDG, directeurs généraux, etc.) ou ces tentatives de mettre sur la main sur d’autres qui constituent les garants d’une véritable vie démocratique comme les médias, l’ISIE, le pouvoir judiciaire et autres. Ceci sans oublier la pression qu’ils mettent pour essayer de changer le mode de vie des Tunisiens par des actes et des comportements qui nous sont étrangers, voire étranges !

En Égypte, et faute d’institutions similaires que la Tunisie, le président Mohamed Morsi s’est érigé en «commandeur des croyants», en véritable «Émir» concentrant entre ses mains tous les pouvoirs exécutif, législatif et même judiciaire par l’entremise d’un décret publié jeudi dernier. De plus, il se met au-dessus de toutes les autres institutions en empêchant toute sorte de contestation ou de contrôle de ses décisions, et retirant au pouvoir judiciaire tout contrôle efficace. Ce décret vise surtout à empêcher toute tentative de dissolution de l’Assemblée constituante ou de la chambre haute du Parlement, deux assemblées dominées par les islamistes alliés à Mohamed Morsi.

Certes, le président Morsi a accepté, dans une tentative d’apaisement, un compromis proposé par les juges et qui prévoit de réduire la portée de ce décret. En effet, seules les décisions du président relatives aux «domaines de souveraineté» ne pourront pas faire l’objet de recours en justice alors que les autres seront susceptibles de recours.

Mais, et indépendamment des «filouteries» ou des «nuances» juridiques, c’est la réaction de la rue égyptienne qui retient ce soir notre attention. Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue craignant la résurrection d’une nouvelle dictature sous une autre forme. Au lieu de l’uniforme de Moubarak, l’Égypte serait conduite de main de fer et sans aucun contrepoids par un président barbu !

C’est loin d’être l’ambition des citoyens qui ont bavé de la dictature. La réaction des élites (les magistrats, les avocats, les journalistes, les jeunes) mais aussi des citoyens ne risque pas de faiblir. Car le danger est grand de voir ce nouveau «Pharaon» vouloir tout contrôler. Et, il en a les pouvoirs juridiques.

Le «Printemps arabe II» soufflera-t-il du Caire ?

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